C'est une grande première pour la Cité, un lieu habitué depuis deux ans à recevoir des résidences culturelles mais qui pour la première fois s'est ouvert au domaine des jeux vidéos. Des jeux vidéos dans une Cité dédiée à la langue française, cela n'est pas si évident à première vue et pourtant... «Nous nous intéressons ici à toutes les formes d'arts et de médias que ce soit la théâtre, la musique, l'humour avec le partenariat mis en place avec le Montreux Comedy festival et le jeu vidéo est arrivé assez vite dans nos centres d'intérêts, resitue Sophie Gillet, chargée des résidences à la Cité. Un jeu ne vient jamais de nulle part, il embarque toujours des éléments culturels de langage parce que créer un univers, c'est aussi y mettre de sa personnalité, de sa culture et les cultures francophones se diffusent dans les jeux».
Un partenariat avec l'association d'Orelsan
Pour cette résidence jeu vidéo, la Cité s'est associée comme elle aime à le faire avec des experts du domaine à savoir avec l’association ONY, fondée par l'artiste Orelsan et son épouse Ahélya Randriambolaina, d'origine malgache. Cette association œuvre pour favoriser l'émergence de talents créatifs à Madagascar et dans l'océan Indien notamment dans les domaines du jeu vidéo, de l'animation et du cinéma. L’éditeur de jeu vidéo français et indépendant New Tales est également partenaire de la résidence.
Durant 14 jours, huit créateurs venus de Madagascar, de l'île Maurice et de La Réunion ont conçu deux prototypes de jeux vidéos qu'ils ont présenté vendredi 30 janvier devant un jury composé de professionnels. Répartis en deux équipes, Florent, Véronique ou encore Esteban, tous âgés de 20 à 30 ans, ont travaillé leur jeu. Dans le premier jeu présenté, l'utilisateur est un facteur en quête d'identité, chargé de récolter des lettres dans les différentes îles de l'archipel de l'océan Indien et grâce à elles, il réapprend son identité et réapprend à parler le français empreint de dialectes locaux. Le jeu met à l'honneur des animaux emblématiques des différentes îles comme le dodo de Madagascar.
Dans le second jeu, le joueur est un bernard l'hermite qui en jouant de la musique dont des instruments traditionnels, va pouvoir contribuer à dépolluer le fond de l'océan. Ces deux jeux s'inscrivent dans la thématique retenue qui était la langue des récifs. Les huit créateurs ont ainsi planché sur ce thème, imaginé le scénario du jeu, créé l'animation, définit le prix du jeu, son positionnement et les arguments nécessaires pour convaincre des studios de le développer et de le commercialiser.
La Cité lieu de rencontre et de création
Avec cette résidence de création, la Cité se fait le vecteur de communication entre ces talents issus de plusieurs îles proches mais qui communiquent mal entre elles. Au cours de ces deux semaines de travail intenses, chacun a pu tisser des liens mais aussi bénéficier du soutien de coachs et de formations en intelligence artificielle, en développement, ou encore en art graphique. La Cité internationale de la langue française affirme son rôle de lieu de création où le monde francophone vient se rencontrer, échanger, créer, imaginer et où les différentes disciplines dialoguent. «Nous avons déjà accueilli 350 personnes de tous les domaines en deux ans d'existence, rappelle Paul Rondin, directeur de la Cité. Avec cette première résidence jeu vidéo, nous avons eu des gens qui viennent de cette zone francophone de l'océan Indien dans laquelle il y a une diversifié culturelle magnifique qui se reflète dans ces jeux et c'est ici qu'ils sont venus confronter leurs façons de faire et de voir les choses».
Reste désormais à savoir si l'un ou l'autre des deux jeux créés à Villers-Cotterêts pourra un jour sortir sur nos écrans et être joué par le grand public. Chacun en tout cas a pu être confirmé dans sa vocation, a reçu l'avis et l’œil d'experts du jeu vidéo francophone (studios, éditeurs...) et a pu en savoir davantage sur l'écosystème du secteur. Avec plus de 3,4 milliards de joueurs dans le monde et un chiffre d’affaires mondial estimé à 187 milliards de dollars, le jeu vidéo est aujourd’hui la première industrie culturelle au monde. Dans l’océan Indien, à la croisée des marchés africains et asiatiques, le secteur connaît une dynamique émergente, portée par une jeunesse créative, autodidacte et connectée.