Décryptage

Wallers-Arenberg, berceau du projet Société à mission européenne

C’est dans le cadre du site minier de Wallers-Arenberg que l’Université Polytechnique Hauts-de-France a lancé le projet «Société à mission en Europe». Son ambition ? Faire de la région un laboratoire européen de l’entreprise de demain. Décryptage. 


L’Université Polytechnique Hauts-de-France (UPHF), en partenariat avec l’Observatoire de l’éthique et un large consortium d’acteurs académiques, économiques et institutionnels, a officiellement lancé le projet «Société à mission en Europe». Soutenu par le Fonds européen de développement régional (FEDER), ce programme vise à faire des Hauts-de-France un territoire pilote pour observer, tester et structurer de nouveaux modèles d’entreprise conciliant performance et intérêt général. «Nous voulons faire de la région un véritable laboratoire d’observation, d’expérimentation et de production d’idées pour penser l’entreprise autrement», a souligné en préambule la conseillère régionale Elisabeth Gondy. 

Avant de rappeler que près de 90 entreprises du territoire ont déjà adopté le statut de société à mission. «C’est la preuve que notre territoire est en avance dans ses transitions sociales et environnementales. L’entreprise à mission place au cœur de son projet les enjeux humains, écologiques et la gouvernance responsable». Avec en toile de fond une véritable dynamique européenne. «L’Italie, l’Espagne, la Belgique ou la Suède ont ouvert la voie. Avec ce projet, nous voulons contribuer à l’émergence d’un véritable modèle européen de l’entreprise de demain, fondé sur le sens, la responsabilité et la performance durable». A travers la mobilisation des universités, des laboratoires, des entreprises et des acteurs mutualistes, la région ambitionne également de renforcer l’attractivité scientifique et économique de son territoire.

Un combat pour la souveraineté et la responsabilité

Présent à Wallers-Arenberg, le député européen belge Yvan Verougstraete a donné une dimension politique forte à ce lancement. «La vraie question est simple : quel monde voulons-nous construire ?». A ses yeux, la société à mission est une réponse concrète aux enjeux économiques et sociaux. «Nous avons compris que l’entreprise n’est pas seulement une machine à profit, mais un acteur du vivre-ensemble. Donner du sens à l’activité économique, c’est aussi créer de la valeur durable»

Dans un contexte de concurrence mondiale exacerbée, notamment face à des pays qui ne sont pas soumis aux mêmes règles sociales ou environnementales, il a défendu devant l’assemblée une Europe capable de protéger ses choix de progrès. «Nous ne voulons pas d’une compétitivité qui se fait au détriment de nos normes sociales, sanitaires et écologiques, et la société à mission permet précisément de concilier performance, souveraineté et responsabilité. Ce que vous faites aujourd’hui, c’est donner un signal clair : le progrès scientifique et économique doit produire du bien-être pour nos territoires et pour nos enfants»

Trois ans pour bâtir un modèle européen

Porteur du projet, Matthieu Caron, maître de conférences en droit public à l’UPHF, a enfin rappelé en ouverture de la journée l’ambition intellectuelle et opérationnelle de cette initiative inédite. «Face à la remise en cause des démocraties et à la brutalité de certains modèles économiques, l’Europe doit poursuivre la refondation de la gouvernance des entreprises. La société à mission est un outil imparfait, mais puissant, pour démocratiser l’entreprise et l’orienter vers l’intérêt général»

Pendant trois ans, plus de 50 chercheurs issus de 26 partenaires européens travailleront ainsi à trois niveaux. A l’échelle régionale, les Hauts-de-France serviront de terrain d’expérimentation. A l’échelle nationale, une analyse critique de la société à mission française sera menée. Enfin à l’échelle européenne, les équipes plancheront sur la construction d’un concept commun de «European Purpose-Driven Company» pour rependre ses mots. «Notre rôle est d’apporter des preuves scientifiques, pas de faire du plaidoyer politique». Le projet entend ainsi faire émerger un socle intellectuel pour accompagner la transformation des entreprises européennes.


Créée par la loi Pacte de 2019, la société à mission est une entreprise qui inscrit dans ses statuts une raison d’être et des objectifs sociaux et environnementaux qu’elle s’engage à poursuivre. A ce titre, elle se dote d’un comité de mission chargé de suivre ces engagements et fait vérifier ses résultats par un organisme tiers indépendant. Son objectif étant de concilier durablement performance économique, responsabilité sociale et contribution à l’intérêt général.