"Pouvoir sans partage", difficultés de logement, déséquilibres économiques: attaqué de tous bords, le maire d'Arles Patrick de Carolis tente de décrocher un second mandat face à d'anciens proches aujourd'hui rivaux et à une gauche qui affiche ses ambitions.
Elu en 2020 avec une confortable avance, l'ancien journaliste et animateur télé voit son bilan critiqué après six années à la tête de la ville, tant par l'opposition municipale que son propre camp, aujourd'hui fracturé.
Plus d'une dizaine de ses colistiers de 2020 ont ainsi quitté le navire, remerciés sèchement ou partis fâchés. "Le maire a été de plus en plus coupé de la population", tacle son ex-premier adjoint Jean-Michel Jalabert (DVD), qui présente une liste concurrente embarquant quelques déçus.
Il admet pourtant avoir eu un coup de foudre pour l'ancien PDG de France Télévisions lors de son retour dans sa ville natale. Mais après deux-trois ans, "notre majorité s'est fracturée (...) Il n'y avait plus d'équipe, plus d'échanges".
Haute stature cintrée dans un manteau sombre, Patrick de Carolis s'avance vers son local de campagne, échange brièvement avec un habitant et s'engouffre dans l'ancienne boutique où l'attendent deux retraitées qui saluent "tout le travail accompli".
Le maire s'attable pour expliquer ce qui l'a poussé vers la politique après une longue carrière dans les médias. "J'ai un attachement à ma ville et je ne voulais pas qu'elle reste communiste", dit l'édile de 72 ans.
"Si je suis candidat pour un deuxième mandat, c'est pour continuer l'élan", poursuit-il, évoquant ses "grands projets", programmes immobiliers, création d'une "halle gourmande", développement du pôle universitaire ou nouvelles zones d'activités pour créer "1.000 emplois".
"Il ne ressent pas ce que vivent les Arlésiens au quotidien", rétorque son principal opposant, le communiste Nicolas Koukas, qui conduit une liste issue de neuf partis de gauche, hors LFI et écologistes. "La difficulté du logement s'est accentuée" et l'urgence pour lui, c'est de rendre "la ville accessible aux Arlésiens".
Car le revers de l'attractivité touristique de la cité antique, ce sont les locations saisonnières. En l'absence de chiffres officiels, certains estiment que les meublés touristiques privent le centre de cette ville d'un peu plus de 50.000 habitants de quelque 3.500 logements.
Local funèbre
Autre problème, une très forte saisonnalité d'avril à septembre, avec un pic estival lors des Rencontres qui font de la cité provençale, depuis plus de cinquante ans, la capitale de la photographie contemporaine.
Mais "il n'y a rien pour soutenir l’hôtellerie et la restauration tout au long de l'année", se plaint depuis une quinzaine d'années un restaurateur, qui ne souhaite pas donner son nom. Selon lui, la ville n'est qu'"un miroir aux alouettes qui attire des restaurants éphémères instagrammables, dont beaucoup disparaissent" en fin de saison.
Nicolas Koukas dénonce également une brutalisation de la politique locale. Il relate qu'après l'élection de 2020, le maire avait proposé à l'opposition "une cave sans fenêtre" comme local de groupe. Devant leur refus, "on nous a mis au-dessus des pompes funèbres. Pour accéder à la salle, il fallait passer devant tous les cercueils!"
Patrick de Carolis a également engagé un bras de fer avec la CGT à qui il a envoyé un avis d'expulsion de la bourse du travail que le syndicat occupe depuis "126 ans". Le maire, aujourd'hui encarté Horizons, souhaite y mettre l'office de tourisme.
"Il y a du mépris", dénonce aussi Jecilla Regad, candidate Insoumise à la tête d'une liste d'union avec des écologistes, évoquant le départ de plus de 200 fonctionnaires territoriaux sur la dernière mandature.
Elle dénonce les subventions coupées aux associations dans les quartiers populaires périphériques, qu'elle reproche à la municipalité de ne considérer que sous l'angle sécuritaire.
Seul représentant du monde agricole, le tête de liste RN Rémy Benson fustige la méthode Carolis. "On ne veut pas faire du blabla politicien" mais s'occuper des problèmes du quotidien, comme "les routes à nids-de-poule" ou les difficultés du petit commerce, explique cet "éleveur transhumant", qui a fait le tour des hameaux isolés de la plus vaste commune de métropole (759 km2).