Très bonne nouvelle : Dieppe va devenir la tête de pont du groupe Etria en Europe. La joint-venture entre Toshiba, Ricoh et Oki fera du site de Martin-Église sa base de production et de stratégie de toners pour l'Europe et l'Asie. «C'est la reconnaissance, par nos dirigeants japonais, de notre compétence et notre maîtrise de la fabrication des toners pulvérisés», se félicite Alain Verna, directeur du site Etria Manufacturing France (ex-Toshiba Dieppe).
Cette décision va consolider l'activité du site dieppois pour plusieurs années. Il va notamment intégrer la fabrication et l'embouteillage des toners chimiques de Ricoh (leader sur le marché avec 20% de parts de marché dans le monde).
Pour préparer cette transition, le site dieppois est réaménagé sans agrandissement afin d'accueillir une dizaine de lignes d'embouteillage automatisées et les presses d'injection-soufflage de Ricoh. Ces équipements seront progressivement transférés de l'usine Ricoh de Telford, près de Manchester au Royaume-Uni. «Nous allons réceptionner la première ligne de production dans les jours qui viennent», précise Alain Verna.
Capacités de production et leadership technologique
Grâce à l'externalisation d'une partie du stockage et un approvisionnement en bord de ligne, 9 000m² ont déjà été libérés des 36 000 m² bâtis que compte le site dieppois. «On fait rentrer au chausse-pieds ces nouvelles activités dans les bâtiments existants, sourit le dirigeant. Il a fallu repenser complètement la partie stockage et supply chain. Et nous avons travaillé aux cours des derniers mois à créer du stock d'avance pour sécuriser le transfert des presses». Les approvisionnements en électricité, en gaz et en air comprimé ont été aussi réorientés vers le bâtiment qui était jusqu'ici consacré à l'activité «services».
En parallèle, Etria Manufacturing France investit dans ses capacités de fabrication de toners. «Nous sommes en train de qualifier de nouveaux toners pour Ricoh et pour Oki et ainsi d’augmenter significativement notre production. Nous produisions près de 900 tonnes par an, et cette année nous sommes à 1 100 tonnes. Nous devrions monter encore plus.»
Afin de conserver son leadership technologique, l'entreprise se lance aussi dans un grand projet de recherche et développement destiné à diminuer la taille des particules de ses toners pour une meilleure qualité. «Notre objectif c'est d'aller vers des particules de 6 microns, affirme le directeur général. C'est une gageure. Cela fait 20 ans que l'on produit des toners avec des particules de 6,5 microns avec l'idée qu'on ne pourrait pas faire mieux. Mais la maîtrise de la donnée process nous permet aujourd'hui d'espérer faire mieux.»
25 millions d'euros d'investissements
Au total ce sont 16 millions d'euros d'investissements qui seront engagés sur le site d'ici fin 2027. Auxquels s'ajoutent 9 millions de coûts opérationnels. Un investissement auquel la Région Normandie apporte son soutien via des fonds européens… «Nous sommes sur une aide de l'ordre de 3 millions d'euros», souffle Alexandre Wahl, directeur général de l'AD Normandie. Le reste est financé par Etria, sur fonds propres. Cet engagement politique - tout comme la présence à proximité d'une énergie décarbonée et bon marché – a aussi compté dans la décision d'Etria de choisir la Normandie. «On était dans une sorte de compétition. Et c'est la France et la Normandie qui ont gagné», relève Hervé Morin, le président de la Région.
Ce développement devrait avoir un impact significatif en termes d'emploi sur le territoire. Selon des sources proches du dossier, le site (200 salariés) devrait embaucher ou reclasser 100 à 130 personnes. La production débutera en septembre 2026 pour un transfert finalisé en septembre 2027.
Pour Aletheia Press, Benoit Delabre