Le maire de Nice Éric Ciotti a annoncé la création d'un poste de police municipale et réclamé à l’État un "quoi qu'il en coûte sécuritaire" au quartier des Moulins, où les violences liées au narcotrafic ont fait onze victimes collatérales en moins de deux ans.
En juillet 2024, l'incendie criminel d'un immeuble, lié à un règlement de compte, a décimé une famille comorienne sans histoire: sept morts dont trois enfants et un adolescent.
En octobre 2025, un tireur à bord d'une voiture a mitraillé au hasard un soir sur la place des Amaryllis, tuant Oyshkur, père de famille tchétchène de 57 ans et Rayan, un Niçois de 20 ans.
Lundi en plein après-midi, un homme arrivé en trottinette a tiré par rafales en direction d'un groupe sur cette même place, devant un café et un magasin de bonbons, tuant Ahmed, 57 ans, et Adilson, entraîneur de foot de 39 ans, tous deux pères de famille.
Selon le parquet, les violences étaient à chaque fois liées à la lutte pour le contrôle du trafic de stupéfiants mais seuls trois hommes blessés dans la fusillade de lundi étaient connus pour ce type de faits.
Mardi matin, la tristesse et la colère dominaient sur la place des Amaryllis, où la plupart des commerces ont gardé leur rideau baissé.
Au "palais sucré", un bouquet de fleurs jaunes et quelques bougies témoignaient de l'émotion après le drame, dont les traces à terre finissaient d'être nettoyées.
C'est moche ici
Au milieu de la place, l'aire de jeux avec son dôme de cordes bleues à escalader restait vide. Installée récemment dans le cadre d'un projet de rénovation, c'est aussi un point de deal connu du quartier.
"J'ai le spectacle tous les soirs", avait raconté lundi Sabrina, 44 ans, qui vit avec sa fille de 10 ans dans un logement social donnant sur la place. "J'appelle le 17 plus souvent que ma mère (...). Aller vivre sous un pont ça serait mieux qu'ici, plus tranquille".
"C'est moche ici", a témoigné mardi une habitante de 66 ans, sous couvert de l'anonymat. "Tout le temps la police, la peur, la crainte..."
Face à ce désarroi, M. Ciotti est revenu mardi réclamer à l’État un "quoi qu'il en coûte sécuritaire" pour ce quartier de 8.000 habitants proche des grands axes de circulation mais relativement enclavé, et encore assez dégradé malgré de vastes programmes de réhabilitation.
Il a aussi annoncé officiellement qu'à partir de la semaine prochaine, un local associatif, propriété du bailleur social Côte d'Azur Habitant sur la place des Amaryllis, deviendrait un poste de police municipale.
L'association Adam, qui propose du soutien scolaire et soutient des initiatives en faveur des jeunes du quartier, sera déplacée ailleurs.
"Avant de faire des jardins d'enfants, avant de faire de la médiation - il en faut, bien sûr - il faut rétablir l'ordre, il faut assurer la sécurité. C'est ce que nous voulons faire en mettant tous nos moyens dans ce combat", a lancé l'édile élu en mars avec le soutien du Rassemblement national.
Trafic "déstabilisé
Après de premières violences liées au narcotrafic ce weekend aux Moulins et dans un quartier de l'est de la ville, la préfecture avait annoncé dimanche un "renforcement significatif des effectifs de police".
"L’État mène une action en profondeur, probablement cette action déstabilise aussi le trafic", estime le préfet, Laurent Hottiaux, expliquant que des opérations quasi-quotidiennes contre les consommateurs et les trafiquants avaient réduit de douze à deux le nombre de points de deal aux Moulins.
"On est dans un combat national", a insisté M. Ciotti, évoquant les hypothèses des enquêteurs sur des tentatives de prise de contrôle des points de deal niçois par des groupes criminels marseillais ou franciliens.
Le mouvement Viva!, proche de LFI, a dénoncé le recours systématique au "tout sécuritaire", en appelant la municipalité à "enfin assumer son rôle et sa prérogative: la prévention".
L'enquête sur la fusillade de lundi a été placée sous la direction de la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille. Dans l'enquête sur la fusillade d'octobre, cinq suspects avaient été arrêtés et mis en examen dans les semaines suivant les faits.