Fondée en 1955 rue de la Scellerie, puis installée rue Saint-André, l’enseigne a longtemps été dirigée par Mme Savigny. «J’ai été pendant plusieurs années l’expert-comptable de ce commerce», raconte Gilles Michel. En 2012, il reprend l’affaire avec son fils. «L’entreprise était saine et comptait alors quatre salariées», explique-t-il. Mais le contexte évolue rapidement. L’essor du e-commerce, des loyers élevés, de nouvelles façons de consommer, puis la crise sanitaire et même un dégât des eaux fragilisent l’activité. «Cela a été une véritable descente aux enfers. Le chiffre d’affaires ne cessait de baisser», confie-t-il.
À l’échéance du bail fin 2021, le dirigeant fait un choix déterminant en rachetant toutes les parts de la société et en poursuivant l’activité. La boutique est transféré au 47 rue Émile Zola. «Je n’ai pas voulu abdiquer. J’ai la chance d’avoir les moyens de maintenir le magasin. C’est un privilège dont je suis conscient», souligne-t-il avec philosophie. Aujourd’hui, son épouse assure la direction.
Une nouvelle dynamique
Aux commandes du point de vente depuis avril 2025, Emma Arnoud. La jeune femme incarne le renouveau de la boutique. Très active sur les réseaux sociaux, elle participe à moderniser l’image de l’enseigne. «J’aime ce que je fais. Nous travaillons avec de beaux produits, de belles matières. C’est valorisant», explique-t-elle. Sur les 90 m², la boutique propose sacs, valises et accessoires issus de marques reconnues telles que Longchamp, Lancel, Pourchet ou encore S.T. Dupont.
Dans un environnement dominé par des plateformes comme Amazon ou Zalando, Hall du Voyage fait figure de commerce résilient. «Les clients reviennent parce qu’ils savent ce qu’ils viennent chercher», soulignent Emma et Myriam, son assistante. Face à une concurrence axée sur le prix et la rapidité, le magasin mise sur la qualité et le conseil. «Nous prenons le temps d’expliquer, de comparer, d’orienter». Un accompagnement personnalisé qui reste difficile à reproduire en ligne et constitue un véritable levier de différenciation.
S’adapter sans renier son identité
L’enseigne envisage également de nouvelles pistes de développement. Elle a pour projet, l’ouverture d’un rayon vintage et seconde main autour de sacs de grandes marques. Pour Marie-Paule et Gilles Michel, tous deux originaires de Saint-Quentin, l’enjeu dépasse la seule activité commerciale. «Il faut continuer à faire vivre le centre-ville. Nous devons éviter de consommer uniquement en ligne», plaident-ils.
Avec sa structure à taille humaine, Hall du Voyage conserve une agilité précieuse pour s’adapter aux attentes locales. Elle participe aussi pleinement à la vitalité économique du cœur de ville. À contre-courant des idées reçues, ce commerce indépendant démontre qu’un magasin physique peut encore tirer son épingle du jeu, à condition de capitaliser sur ses forces en se faisant connaître sur les réseaux sociaux, en valorisant la proximité, les conseils et la qualité.