C’est avec un grand sourire que Nieves Temmermann nous accueille dans sa cordonnerie L’atelier à Abbeville. Cela fait plusieurs décennies que les artisans s’y succèdent. Après après avoir appris que l’ancien gérant en activité depuis une trentaine d’années voulait partir à la retraite elle a franchi la porte de la cordonnerie, la plus ancienne du centre ville. «Je me suis présentée à lui sans prévenir et en pensant que ça allait être trop cher pour moi. Nous avons bien discuté. Il m’a montré ses comptes en toute transparence. J’ai vu qu’il y avait du potentiel. De son coté, il ne voulait pas céder à quelqu’un qui ne connaissait pas le métier», raconte t-elle.
Et pour connaitre le métier, elle le connait bien. Passionnée d’équitation, Nieves Temmermann a notamment passé un CAP de sellier harnacheur dans Le Gers - ce qui lui permet notamment à savoir coudre à deux aiguilles - avant de travailler dans une cordonnerie d’Amiens puis de partir en Inde. Là, elle a entamé une activité dans la maroquinerie à son compte avant de revenir en France avec pour objectif de gérer un jour sa propre cordonnerie.
Solidarité
Une fois son projet déterminé, elle a lancé une cagnotte pour constituer un petit apport. Elle lui a permis de rassembler un peu plus que 4 000 euros. Elle a aussi pu compter sur deux prêts d’honneur de 3 000 euros chacun de la part de Somme initiative et de la BPI et sur le soutien de sa famille.
Avant de reprendre courant avril, Nieves Temmermann était stage avec l’ancien gérant depuis décembre : « Cela m’a permis de prendre mes marques, de rencontrer les clients et prendre mes repères pour le matériel», se réjouit-elle.
Tout est réparable
Sa principale activité repose sur le chaussant : talon, ressemelage complet, coutures… «Tout est réparable à partir d’une dizaine d’euros même une paire de baskets, assure t-elle. Il est important de faire passer ce message. Tout est une question de pédagogie et de tendance à mieux consommer. Des jeunes passent la porte de cordonnerie, cela me rassure pour l’avenir. Je suis touchée quand des personnes me confient des accessoires auxquels ils tiennent».
Elle assure aussi la réparation de selles, de filets et autres matériel d’équitation, services rares dans la région. Malgré un emploi du temps bien chargé, elle poursuit son activité de création de maroquinerie : sacs, bijoux, porte clés, portes monnaies, colliers pour chiens, protections de patins… Ses cuirs viennent de France, d’italien et parfois d’Asie.
Autres services proposés par la cordonnerie L’atelier : la fabrication de double de clés pour particuliers et aussi pour collectivités, les changements de fermetures, la réalisation de plaques d’immatriculation, de médailles pour animaux, de plaques pour des casiers de collèges ou de plaques de noms pour des boites à lettres. Sans oublier la vente de produits d’entretien, de semelles, de lacets : «Je suis vraiment satisfaite. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit si intense», conclut Nieves Temmermann, toujours avec le sourire.