Portrait

À Vernon, Babzacao veut faire du chocolat autrement

Bastien Delapierre est un chocolatier engagé. Dans son atelier à Vernon, la qualité et la traçabilité sont au rendez-vous.

Dans l'atelier de Babzacao à Vernon, c'est l'effervescence en cette fin du mois de mars. Lapins origami, œufs spirales et autres fritures sont confectionnés à la main en prévision des fêtes de Pâques. «Ma compagne et moi voulions faire quelque chose qui nous ressemble, en accord avec nos valeurs», explique Bastien Delapierre, cofondateur de la chocolaterie. Le quarantenaire s'est dirigé tôt vers la pâtisserie et la chocolaterie. «Je voulais un métier qui me permette de trouver facilement un emploi, même à l'étranger», résume-t-il.

Après un CAP pâtisserie, un CAP chocolatier et enfin un BTM chocolatier, Bastien Delapierre enchaîne les expériences professionnelles, jusqu’à l'arrivée du Covid. «J'étais professeur à Paris et j'en ai eu assez de faire le trajet. Après avoir pas mal voyagé, j'avais envie de me poser à Vernon que j'aime beaucoup», se souvient-il. L'expérience entrepreneuriale est tentante et la chocolaterie est lancée en 2020, «au pire moment», sourit-il.

Limiter les transformations et le gaspillage

Mais pas question d'ouvrir une énième chocolaterie «basique». Ce que propose Babzacao se résume en trois mots : «beau, brut et bon», expose l'artisan chocolatier-confiseur. «C'est beau à regarder et les ingrédients sont facilement indentifiables car nous limitons les transformations». Pour limiter les pertes, les ingrédients impactant la pérennité des produits, comme les ganaches, sont exclus. «Nos dates limites de consommation s'étendent d'un à six mois, voire même un an pour nos confitures», complète-t-il.

Le chocolatier est très attaché à engager des échanges commerciaux équitables avec les producteurs de cacao. «Au cours de mes voyages, j'ai vu la pauvreté des agriculteurs qui finissent par abandonner cette culture», constate-t-il. C'est pourquoi, il fait partie des Chocolatiers engagés qui ont participé à construire des filières durables, notamment au Cameroun. Le cahier des charges est exigeant, tant sur la qualité de la récolte que sur des critères sociaux (emploi des femmes, épargne salariales…). Mais, en échange, le paiement intervient à la commande et le prix – supérieur au cours moyen - est garanti dans le temps.

Cinq tonnes de chocolat en 2025

«Nous utilisons ainsi un chocolat parfaitement tracé, je peux d'ailleurs vous donner les coordonnées GPS du lieu de production. Par ailleurs, les fèves de cacao subissent des fermentations longues qui donnent une qualité aromatique». Côté fruits secs, «nous cherchons un sourcing le plus proche possible», souligne Bastien Delapierre. Les amandes viennent donc d'Espagne plutôt que de Californie. Les noisettes et les pistaches proviennent d'Italie.

Et la recette fonctionne bien. Tablettes de chocolat, rochers suisses, mendiants… Cinq tonnes de chocolat ont été commercialisées, en 2025, dans la boutique en centre-ville de Vernon, la boutique saisonnière de Giverny ainsi que chez des partenaires revendeurs, principalement en Normandie et dans les Yvelines. «70% de notre chiffre en B2C et 30% de notre chiffre en B2B», précise le chocolatier.

Mais Bastien Delapierre ne compte pas en rester là. «Nous visons les 10 tonnes de chocolat d'ici trois à cinq ans, pour cela nous pourrions passer de huit salariés à une douzaine», prévoit-il. Un beau challenge pour le chocolatier, qui aimerait aussi devenir propriétaire de ses propres locaux. «Je pensais être artisan qui entreprenait. Maintenant, j'ai le sentiment d'être un entrepreneur qui fabrique du chocolat», conclut-il en souriant.

Pour Aletheia Press, Laetita Brémont