Les Tablettes Lorraines : Alors que la loi d’urgence agricole a été adoptée par l’Assemblée, les dérogations possibles pour la réintroduction de deux pesticides électrisent le débat. Quel est votre regard ?
Nicolas Pérotin : La loi ne se réduit pas aux pesticides. En Meuse, nous ne sommes pas producteurs de betteraves ou de noisettes, donc nous ne sommes pas directement concernés. En revanche, nous soutenons la démarche qui n’est pas une autorisation aveugle. C’est une belle hypocrisie collective de dénoncer la réintroduction de ces produits-là, puisque derrière, nous importons. C’est donc une double peine pour des produits qui arrivent sur notre marché avec un mauvais bilan carbone. Concernant le sujet de la prédation, nous subissons de plus en plus d’attaques dans le centre Meuse. Au quotidien, des brebis sont égorgées, malgré des protections. Après avoir testé différents outils, seules les clôtures de deux mètres de haut fonctionnent, mais cette solution est onéreuse et en termes d’entretien, c’est complexe. Dernier sujet lié à la loi, c’est la possibilité de créer des réserves d’eau. Si le grand public a l’image des maxi bassines, il y a aussi des justes milieux pour conjuguer les intérêts de tout le monde.
Après trois épisodes caniculaires, quelle est la situation en Meuse ?
La moisson est terminée à une date jamais connue, avant le 15 juillet, avec des résultats très hétérogènes. Il y a ceux qui ont eu un peu de chance d’avoir un peu d’eau en mai-juin, avec les cultures d’automne et une moisson qui va être moyenne. Pour d’autres secteurs, c’est catastrophique. Les éleveurs sont confrontés à une charge mentale supplémentaire parce qu’ils vont devoir trouver des aliments et en acheter à l’extérieur. Pour moi, c’est un sentiment d’inquiétude mais pour certains, il y a de vraies interrogations sur la pérennité de leur exploitation.
Face à cette situation, quelles sont vos marges de manœuvre ?
Nous avons réalisé un gros travail sur l’atténuation de notre impact carbone autour des puits de carbone, le maintien de l’herbe, la plantation de haies, l’analyse de nos rations... Nous devons désormais nous concentrer sur notre capacité à nous adapter et poursuivre cette volonté en lien avec nos partenaires comme les agences de l’eau et les services de l'état, pour nourrir la réflexion sur l’irrigation, mais encore une fois sans dogme.