En bref

Au RN, des nouveaux maires qui font des vagues

En seulement deux mois, les nouveaux maires Rassemblement national se sont distingués en ciblant les drapeaux européens, les syndicats et la culture. Si le parti fait bloc derrière ses élus, des cadres s'inquiètent de...
Le maire RN de Carcassonne Christophe Barthès le 29 mars 2026, à Carcassonne, dans l'Aude © Valentine CHAPUIS

Le maire RN de Carcassonne Christophe Barthès le 29 mars 2026, à Carcassonne, dans l'Aude © Valentine CHAPUIS

En seulement deux mois, les nouveaux maires Rassemblement national se sont distingués en ciblant les drapeaux européens, les syndicats et la culture. Si le parti fait bloc derrière ses élus, des cadres s'inquiètent de voir ces polémiques polluer la campagne présidentielle.

Dure loi des séries. A peine élus fin mars, quelques édiles se font remarquer en retirant le drapeau bleu étoilé du fronton de leur mairie fraichement conquise. "Dehors les drapeaux européens!", triomphe Christophe Barthès à Carcassonne, nouveau porte-étendard imité plus discrètement par Bryan Masson à Cagnes-sur-Mer, ou encore Anthony Garénaux-Glinkowski à Harnes, dans le Pas-de-Calais.

"C'est de leur responsabilité, ils ne sont pas sous ma tutelle", a tenté de se défausser leur eurodéputé en chef, Jordan Bardella, incarnation d'un RN qui a renoncé au Frexit et veut désormais "tout changer sans rien détruire" à Bruxelles. Mais qui tout de même "ne laisserait que le drapeau français" à l'Elysée et Matignon en cas de victoire l'an prochain.

Les points forment une ligne. L'état-major serre les rangs: "Enlever les drapeaux, c'est pas une infraction, on n'est pas des hors-la-loi", proteste encore une dirigeante. "Moi, je l'ai enlevé il y a trois ans et personne ne s'en est rendu compte", feint de s'étonner Louis Aliot, vice-président du parti à la flamme et maire réélu de Perpignan.

Décomplexés par leurs succès électoraux, les nouveaux élus s'attaquent de front aux symboles. Comme la cérémonie du 1er-Mai à l'hôtel de ville de Liévin, supprimée par Dany Paiva qui reproche aux syndicats d'utiliser cette tradition pour "faire de la politique" et de la "propagande". Même au coeur du bassin minier, à deux pas du fief de Marine Le Pen, "ça n'a pas du tout lieu d'être", insiste-t-il.

D'autres auraient préféré s'épargner une controverse de plus. Le novice trentenaire l'a peut-être provoquée "à son corps défendant", mais cela prouve qu'"en début de mandat il faut l'encadrer", glisse un parlementaire.

"Il ne faut pas qu'on donne l'impression que la liberté syndicale serait menacée si on arrivait au pouvoir", ajoute un député. A plus forte raison au moment où les deux candidats potentiels du RN multiplient les rencontres avec le patronat.

Une forme de vendetta

Difficile toutefois de réfréner les plus zélés. Christophe Barthès le premier, encore lui, qui entend déloger les syndicats de la bourse du travail de Carcassonne, jusqu'ici mise à leur disposition gratuitement.

"Profiter des largesses de ceux que l'on dénigre, c'est terminé", a tranché l'ex-député viticulteur, qui a aussi coupé les aides à la Ligue des droits de l'Homme et menacé d'en faire autant aux autres associations qui manifesteraient contre sa politique.

En bon voisin, Louis Aliot défend "une forte personnalité" certes "un peu brut de décoffrage", mais "les gens ont voté pour lui pour ça". Certains ont un avis plus mitigé: "Il a les défauts de ses qualités", mais "c'est pas le plus subtil de la bande", reconnaît un cadre qui aimerait que les responsables locaux "évitent d'être dans une forme de vendetta".

Et pour cause: "Je n'ai pas envie de commenter les décisions de nos maires pendant la présidentielle", glisse cet habitué des radios et télés nationales. Sans même parler des éventuelles répercussions aux sénatoriales de septembre.

Puisqu'il faut composer avec, une autre figure du parti rejette la faute sur "un traitement médiatique disproportionné" et dénonce "une tentative de diaboliser nos maires". Dépité, le parlementaire précité se désole de voir "le moindre truc monté en épingle".

Pourtant la liste s'allonge: subventions aux associations rabotées à Bagnols-sur-Cèze et à La Flèche; réduction du festival de cinéma et des concerts gratuits estivaux à Agde; annulation du festival de jazz à Vauvert (finalement accueilli par la commune voisine de Vergèze).

Un autre choix culturel risque de faire jaser: le chanteur Jean-Luc Lahaye, deux fois condamné pour atteinte sexuelle et corruption de mineurs, est annoncé en concert le 29 mai à Hénin-Beaumont, puis le 14 juillet à Billy-Montigny, dont le maire estime que l'artiste "a payé sa dette à la société" - bien qu'il soit toujours mis en examen dans une autre affaire pour viol et agression sexuelle sur mineur.