Construire une filière bas-carbone par le marché ! Lasse des labels et subventions qui n'aboutissent que rarement à la valorisation des produits par les prix, la coopérative agricole Noriap (ralliant ses consœurs Vivescia et ValFrance) a pris le taureau par les cornes avec le programme "Transitions". À travers lui, la coopérative garantit à ses adhérents, des prix supérieurs pour l'achat de leurs grains (céréales, oléagineux et protéagineux), à conditions qu'ils s'engagent dans un système d'exploitation dit régénératif. «La valorisation de la collecte, c'est notre métier de base, rappelle Nathalie Ternois, directrice de l'innovation au sein de la coopérative. Le programme Transitions a cette vocation d'apporter une valorisation supplémentaire pour récompenser les pratiques d'agriculteurs qui vont dans le sens de la réduction des gaz à effet de serre, du stockage de carbone dans le sol ou de réponse aux enjeux de l'eau»
Une approche multi-filières
L'objectif est évidemment de répondre aux enjeux sociétaux du moment… mais via la demande des industriels. Ces derniers, qu'ils soient de l'agroalimentaire ou de l'agro-industrie, sont très intéressés à l'idée de sourcer de la matière première bas-carbone, afin d'alimenter le scope 3 de leur bilan carbone. Parmi eux, figurent des clients historiques de Noriap comme Tereos (qui achète du blé notamment pour sa production de bio-éthanol) ou les Grands Moulins de Paris ; mais aussi des filiales du groupe coopératif comme Novial (alimentation animale) et Cocorette (œufs). «Ce que l'on veut, c'est construire une coalition d'acteurs de l'aval, pour accéder à une valorisation multi-filières», résume Nathalie Ternois.
La gestion des volumes contractualisés se fait pour le moment en mass balance. Ceci évite une logistique trop lourde, qui viendrait, en quelque sorte, mettre sur la route le carbone économisé aux champs. Mais les demandes de l'aval, pourraient conduire la coopérative à aller vers un allotement spécifique des grains… si les volumes et les prix le permettent.
Objectif : 10% de la collecte
Ces débouchés assurés permettent à Noriap d'apporter une plus-value de l'ordre de 100 à 150 euros par hectare aux agriculteurs. «C'est un soutien économique significatif à l'échelle de la rotation, insiste la cadre de la coopérative. Cela participe à couvrir le risque». Car, pour les agriculteurs, c'est bien de cela dont il s'agit : couvrir le risque, d'autant plus dans un contexte de marchés particulièrement tendu. «Les pratiques plus vertueuses peuvent avoir un impact sur le rendement ou sur la qualité, insiste Françoise Crété, présidente de la chambre d'Agriculture de la Somme. Le coût du risque pour l'agriculteur, nous l'évaluons entre 250 à 450 euros par hectare».
Comme la plus-value ne couvre pas totalement le risque, Noriap a justement sollicité la chambre d'Agriculture pour accompagner techniquement les producteurs engagés dans la démarche. La première «promotion» compte une soixantaine d'agriculteurs pour un volume de collecte de l'ordre de 30 000 tonnes. «L'objectif à cinq ans, c'est d'essayer d'arriver à 100 000 tonnes, ce qui représenterait un petit peu moins de 10 % de la collecte de Noriap», précise Nathalie Ternois.
«C'est le marché qui décidera !»
La question n'est pas tant la production, comme le rappelle Françoise Crété. Techniquement, «la marche à franchir n'est pas énorme pour la majorité de nos agriculteurs. Notre territoire est leader sur ce sujet du bas-GES. La plupart des exploitants sont engagés dans des pratiques qui vont dans ce sens». L'enjeu est donc plutôt de trouver les débouchés. «La suite n'est pas écrite. C'est un programme d'innovation qui est entièrement financé par l'aval. On a la fenêtre de tir, on la saisit. La demande est là, on y répond. Ensuite, c'est le marché qui décidera !», conclut Nathalie Ternois.
Pour Aletheia Press, Benoit Delabre
Principe mass balance en industrie
En industrie, on peut décider de mettre en place un process spécifique dédié aux matières premières biosourcées (ou bas-carbone) pour identifier spécifiquement la production qui en est issue. Le principe mass balance (ce qui entre = ce qui sort) permet d'utiliser les matières premières biosourcées et fossiles dans le même process. Ainsi, si 30 % de matière biosourcée entrent dans le process, jusqu’à 30 % des produits peuvent être déclarés biosourcés (même si physiquement tout est mélangé). Il n'y a pas de séparation physique, mais une comptabilité certifiée des flux.</