L'endettement de la France atteindra un niveau record en 2027 en raison d'un déficit public demeurant "élevé", a indiqué samedi le ministère de l'Economie, tandis que le gouvernement a affiné ses pistes pour faire contribuer les retraités à l'effort budgétaire.
Le ministère a présenté les principaux chiffres des textes budgétaires qui prévoient un effort de 54 milliards d'euros l'an prochain pour assainir les finances publiques, au lendemain de la dégradation de la note souveraine de la France par l'agence Scope Ratings.
Après 115,6% en 2025, la dette atteindra 119,3% du produit intérieur brut (PIB) en 2026 et 121,7% en 2027, plus du double de la limite européenne de 60%. C'est du jamais-vu depuis 1978, selon des données de l'institut statistique (Insee).
"Cette hausse est mécanique. Elle est la conséquence d'un déficit qui demeure élevé", a développé le ministère. Le ratio de dette se stabilisera quand le déficit public passera sous 3% du PIB, un objectif maintenu à 2029, a-t-il ajouté.
La France est le pays le plus endetté de la zone euro derrière la Grèce et l'Italie. En Espagne, la dette est passée sous 100% du PIB en juillet et sous 90% au Portugal en 2025.
Le gouvernement prévoit un déficit public de 5,4% en 2026, en hausse par rapport aux 5,1% de 2025. L'écart entre dépenses et recettes diminuerait à 5% du PIB en 2027.
Pensions gelées
En présentant jeudi les grandes lignes du budget, le Premier ministre Sébastien Lecornu a laissé au Parlement le soin de trancher certaines mesures comme celles, sensibles, concernant les retraités.
Ces derniers pourraient voir abaissé à 3.000 euros le plafond de l'abattement fiscal dont ils bénéficient, contre maximum 4.439 euros actuellement, une mesure qui rapporterait 1,4 milliard d'euros, selon les pistes évoquées par une source au sein de l'exécutif.
Le gouvernement réfléchit aussi à coupler le plafonnement de l'abattement fiscal avec un gel ou une sous-indexation par rapport à l'inflation des pensions de retraite de base, a indiqué la même source. Les plus faibles seraient épargnées.
Selon Bercy, "ce sont des mesures d'accroche pour le débat parlementaire et les consultations" en cours.
L'effort budgétaire prévoit aussi un gel des aides personnalisées au logement (APL), selon le ministre Vincent Jeanbrun, tandis que les ressources des collectivités locales progresseront au niveau de l'inflation, a confirmé Sébastien Lecornu dans une lettre au président du Sénat.
Le président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, Eric Coquerel, a dénoncé "des baisses budgétaires qui pèsent indistinctement sur la population" et un budget "aux effets récessifs".
Pas de fatalité
Avant leur présentation en conseil des ministres le 1er octobre et leur examen au Parlement, le projet de budget de l'Etat et celui de la Sécurité sociale ont été soumis pour avis au Haut conseil des finances publiques (HCFP).
Sa présidente Amélie de Montchalin, également Première présidente de la Cour des comptes, a appelé à stopper la dérive de la charge d'intérêt de la dette, dans un entretien avec le Parisien.
Estimée par le gouvernement à 65 milliards d'euros en 2026, plus que le budget de l'éducation (hors pensions), cette charge atteindrait 100 milliards en 2030, voire plus si les taux souverains continuent à monter, a-t-elle alerté.
"La crise n'est ni certaine, ni garantie, ni la seule issue", a-t-elle ajouté. "Il n'y a pas de fatalité pour la France, si les choix sont rapides et responsables."
Mais redresser les finances publiques s'annonce d'autant plus difficile que la prévision de croissance a été abaissée à 0,5% en 2026 sur fond de tensions inflationnistes provoquées par la guerre au Moyen-Orient.
La défiance des marchés s'accroît envers la deuxième économie de la zone euro, à quelques mois de l'élection présidentielle. Le taux d'emprunt à dix ans a dépassé 4,50% en septembre et l'écart ("spread") entre les taux français et allemand, un point de pourcentage.
En 2027, le gouvernement prévoit une baisse de 0,2 point de pourcentage de la dépense publique rapportée au PIB, à 56,9%.
Côté recettes, le taux de prélèvement obligatoire atteindra 44,2% du PIB, contre 43,9% en 2026, une hausse attribuée à la réduction de certaines niches fiscales et à la lutte contre la fraude. "Mais globalement, pas de hausse généralisée d'impôts", a affirmé Bercy.