Le Caire Confidentiel
Révélation de l’année cinématographique, Le Caire Confidentiel emprunte brillamment les codes du thriller mais nous convie surtout à une plongée saisissante dans le tumulte de la capitale égyptienne à l’aube du printemps arabe. Le récit s’ouvre au Caire en janvier 2011, quelques jours avant le début de la révolution. Une jeune chanteuse est assassinée dans une chambre d’un des grands hôtels de la ville. Noureddine, inspecteur revêche chargé de l’enquête (Fares Fares au jeu dense et subtil), réalise au fil de ses investigations que les coupables pourraient bien être liés à la garde rapprochée du président Moubarak… Plébiscité par la presse et le public, ce film haletant de Tarik Saleh a remporté le Grand prix des festivals de Sundance aux Etats-Unis et Beaune en France. Des récompenses amplement justifiées au regard du matériau réaliste – la société égyptienne gangrenée par la corruption saisie au cœur d’un moment majeur de l’Histoire contemporaine – traversé par une enquête prégnante mais qui s’autorise quelques séquences sensorielles inspirées. L’un des films de l’année.
Memento Films.
Orlando
Réalisée en 1992 par Sally Potter (La leçon de Tango, The Man Who Cried…), cette adaptation du roman de Virginia Woolf suit la trajectoire d’un jeune noble anglais au XVIIe siècle, Orlando, qui devient le favori d’Élisabeth I. Souffrante, elle l’implore de rester toujours jeune. Il traverse ainsi trois siècles sans jamais vieillir. Durant sa longue et profonde quête philosophique, Orlando va connaître une variété de vies et de relations, l’amour, la vie en société, la littérature, jusqu’à même changer de genre. Jeune lord comblé d’honneurs, il est nommé ambassadeur en Orient, rejoint une tribu de bohémiens sous l’apparence d’une femme, puis rejoint l’Angleterre victorienne où elle se consacre à l’écriture. Un film fidèle au chef-d’œuvre poétique et intemporel de la romancière britannique, magnifiquement interprétée par une Tilda Swinton qui, depuis, a illuminé de son remarquable talent nombre de films.
Editions Montparnasse.
Après la tempête
Présenté au Festival de Cannes 2016, ce très beau film du réalisateur de Notre petite sœur (2015) et Tel père tel fils (2013), suit les pas de Ryota qui, malgré un début de carrière d’écrivain prometteur, accumule les désillusions. Divorcé de Kyoko, il gaspille le peu d’argent que lui rapporte son travail de détective privé en jouant aux courses, jusqu’à ne plus pouvoir payer la pension alimentaire de son fils de 11 ans, Shingo. A présent, Ryota tente de regagner la confiance des siens et de se faire une place dans la vie de son fils. Cela semble bien mal parti jusqu’au jour où un typhon contraint toute la famille à passer une nuit ensemble… Dans la belle lignée des films de Yasujiro Ozu, ce touchant portrait de famille, intimiste et universel, pudique et élégant, est magnifié par une interprétation tout en finesse de personnages aux multiples nuances tandis que la mise en scène épurée et délicate d’Hirokazu Kore-Eda les enveloppe d’une atmosphère teintée de mélancolie.
Le Pacte.
Le flingueur
Thriller audacieux, glaçant et pervers, Le flingueur (1972) emprunte son titre au surnom d’Arthur Bishop, tueur à gages méthodique qui prépare chacun de ses contrats sans jamais rien laisser au hasard. Lorsqu’une mystérieuse «Organisation» lui demande d’exécuter son mentor, Bishop n’hésite pas. Souhaitant prendre sa retraite, il prend sous son aile le fils de sa dernière victime, et l’initie aux secrets du métier. Mais cette initiative va lui réserver bien des surprises… Des Collines de la terreur au Justicier dans la ville, le réalisateur Michael Winner a offert des rôles puissants à Charles Bronson, mais celui de cet assassin stratège et esthète est incontestablement le plus marquant de cette icône du 7e Art. Visage buriné, démarche féline, regard perçant et mutisme troublant, la star incarne Bishop de tout son être et forme un duo animal avec son mystérieux disciple. Atmosphère crépusculaire magnifiée par la photographie de Richard H. Kline, BO angoissante signée Jerry Fielding, mise en scène intelligente et nerveuse, scénario ciselé : ce film culte des années 1970 reste un modèle du genre d’une redoutable efficacité.
Wild Side.



