Une explosion ! En dix ans, le nombre de coachs a triplé (source : International Coach Federation). Dans l’Hexagone, 33 000 sont formés et à peine 5 500 sont membres d’une des trois seules organisations professionnelles de ce secteur (l’International coach Federation et son chapitre français, la Société française de coaching et l’European Mentoring and coaching council).
Le reste ? Pour bon nombre «des coachs autoproclamés», comme l’assure une membre d’ICF France affichant plus d’une vingtaine d’années d’expérience de coaching professionnel sur la région.
«Depuis 2017, le secteur a vu une explosion du nombre de professionnels. Reste que le coaching professionnel répond à des règles strictes, à une éthique, un code déontologique, à des pratiques encadrées et à une supervision par ses pairs. Nous nous remettons sans cesse en question».
Reste qu’avec un marché mondial estimé à deux milliards de dollars et pas moins de 750 millions d’euros au niveau national, le coaching s’affiche comme la pratique des ressources humaines qui a connu la croissance la plus exponentielle. Une porte ouverte aux opportunistes ayant aujourd’hui pignon sur rue avec tous les dangers que cela peut comporter.
Le récent long métrage Gourou de Yann Gozlan, où l’acteur Pierre Niney incarne une superstar du développement personnel, révèle les abus aujourd’hui présents dans cet univers. Un phénomène sociétal certain ! Le «jamais sans mon coach» est omniprésent dans tous les domaines.
Reste que l’amalgame avec la sphère professionnelle et entrepreneuriale est inévitable et dommageable pour les «vrais» professionnels. Déjà en 2013, les trois organisations officielles de coaching mettaient en avant certaines risques gagnant ce secteur. «Plusieurs dérives dans la pratique du coaching nuisent à notre profession. En clarifiant les règles de ce métier, nous entendons mieux accompagner les futurs coachés et éclairer les futurs praticiens ainsi que les prescripteurs du coaching», assuraient ces trois organisations à l’époque. Plus de dix ans plus tard, le message raisonne encore plus fort.
Besoin de lisibilité
«On ne s’autoproclame pas coach. Devenir professionnel est un long processus», assure la membre d’ICF France. Dans cet univers, il y a les coachs ayant une certification ou accréditation de ses trois fédérations et aujourd’hui, de plus en plus, des certifications émanant d’écoles, d’organismes de formation et des universités dont certaines sont reconnues par les organisations professionnelles mais pas d’autres.
Difficile de s’y retrouver pour les dirigeants et responsables de ressources humaines, une opacité renforcée avec l’inévitable digitalisation du secteur et l’émergence de plateformes de coaching où l’IA est reine. Au début du mois, la Société française de coaching, suite à un colloque à Paris pour fêter ses trente ans, a dévoilé une enquête sur la question. Nom de code : «Les clients parlent du coaching professionnel».
Elle met en lumière les attentes des responsables RH en la matière. Constat : «Ils expriment un besoin crucial de lisibilité. Aujourd’hui, il leur est difficile de distinguer une pratique professionnelle structurée d’approches plus opportunistes. Pour eux l’enjeu est double : garantir la sécurité des collaborateurs accompagnés et assurer un retour sur investissement humain tangible pour l’organisation. La sélection des intervenants ne peut plus se faire au hasard, mais doit répondre à des critères d’exigence élevés», assure la Société française de coaching.
Devenir coach professionnel est un long processus
«La diversification des formats, l’essor des plateformes numériques et l’introduction d’outils automatisés interrogent directement les cadres traditionnels de l’accompagnement des collaborateurs et des équipes».
Le recours à des coachs professionnels, certifiés, se référant à un code déontologique et étant supervisés eux-mêmes par leurs pairs, s’avère crucial.
«Les demandes en matière de coaching d’équipe, d’organisation sont de plus en plus importantes. Les coachs se doivent d’être de plus en plus formés, et les vrais professionnels le sont. Un coach se doit d’être en capacité d’expliquer sa pratique, et c’est déjà un bon critère de sélection», continue la membre d’ICF France.
Le passage par des coachs certifiés ou accrédités par les trois fédérations professionnelles existantes apparaît donc comme un rempart certain pour éviter de tomber dans les mains des professionnels de la psychologie positive et autres marchands de bonheur.
La Miviludes s’y penche
Gourous et dérives sectaires, cela va (toujours) de pair ! Dans son dernier rapport en date, publié en avril dernier, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) consacrait un chapitre complet sur la vulnérabilité des entreprises face aux risques de dérives sectaires. 15 % des signalements enregistrés par la Miviludes concernent directement l’univers économique et professionnel.