Bien que l’on entende souvent parler de backlash (retour de bâton) écologique depuis quelques mois, l’envie d’écologie est toujours là. « Si on regarde les résultats des sondages d’opinion sur ce que pensent les gens de l’adaptation au changement climatique, de l’économie circulaire, du tri des déchets, de la protection de la nature, 80 à 90% des Français disent que cela les préoccupe, qu’il faut faire quelque chose parce que cela ne va pas », a déclaré Yann Wehrling, vice-président de la Région Ile-de-France chargé de la transition écologique, lors du Sommet international des solutions à impact positif (World Impact Summit), qui s’est tenu début février à Paris. « Dire que les gens se désintéressent de ces sujets, c’est faux. Quand on dit le mot ‘écologie’, ça ne leur parle plus. Mais quand on va dans le détail et que l’on parle très concrètement, l’adhésion est massive.» Un décalage qui tient notamment au fait que la majorité des Français pensent que « la mouvance écologiste au sens large – et j’en fais partie – n’apportent pas les bonnes solutions, les bonnes réponses.»
Changer de discours et le langage « qui fait fuir »
Selon Brune Poirson, ancienne secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, il est urgent de se pencher sur la question du « langage » utilisé pour parler de la transition écologique. « Le discours que l’on a porté pendant longtemps ne fonctionne pas et il faut faire notre aggiornamento », a-t-elle expliqué. Il faut notamment arrêter « d’utiliser tout ce jargon, qui est celui d’une élite technocratique : la façon dont on parle d’ESG [ critères environnementaux, sociaux et de gouvernance] , de développement durable, de dialogue avec les parties prenantes… Il faut changer ce langage qui fait fuir ».
À la place, « il faut parler de bien-être, de souveraineté et de liberté, de maîtrise de son propre destin » et « de co-bénéfices à l’échelle locale », a-t-elle poursuivi. « C’est un travail difficile, mais qu’il est extrêmement urgent de faire » pour susciter l’adhésion à la transition écologique, améliorer son acceptabilité et sa désirabilité, et embarquer le plus grand monde.
Travailler à l’échelle locale et de manière très concrète
Autre levier d’action, selon elle : changer la façon de travailler et l’échelle d’approche de ces sujets. « Il faut se concentrer sur l’action et éviter les grands débats, et travailler à l’échelle locale et de manière extrêmement concrète. » Un avis partagé par Yann Wehrling. La Région Ile-de-France veille ainsi à proposer « des choses très concrètes qui suscitent l’approbation des gens, l’envie de faire », telles que la végétalisation des cours d’école, des places publiques ou des îlots de chaleur. « Il y a une appétence grandissante pour la protection de la nature, les espèces animales et les espèces végétales, et tout ce qui est proposé par la Région pour améliorer la protection de la nature suscite de l’adhésion. »
Santé environnementale, écologie et pouvoir d’achat
Les Français sont, selon lui, « de plus en plus sensibles à la question de la santé environnementale. Ils ont envie d’être rassurés sur le fait qu’ils ne s’empoisonnent pas en buvant de l’eau – y compris et surtout au robinet – et en respirant l’air. Tout ce qui a un impact en termes d’amélioration de la qualité de l’eau et de l’air, ça marche très bien. »
Autre approche à laquelle les Français sont particulièrement sensibles : « l’association entre écologie et pouvoir d’achat ». Et de citer, à titre d’exemple, ce que la Région Ile-de-France a réalisé en matière de géothermie et « qui a permis de stabiliser les factures énergétiques » de nombreux foyers . « Il faut arrêter avec cette écologie de la contrainte. Si on annonce des mesures contraignantes à chaque fois que l’on parle d’écologie, cela suscite plus de rejet que d’adhésion. »
Pas de transition écologique sans mobilisation des entreprises
Ministre délégué auprès de la ministre de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre a mis en avant les bénéfices économiques de la transition écologique. « C’est bon pour l’emploi, et pour l’emploi local », a-t-il rappelé. « Une usine sur trois qui ouvre est une usine de la transition écologique » et « les emplois y croissent deux fois plus vite que dans le reste de l’économie ». En France, « il n’y aura pas de transition écologique sans les entreprises de ce pays et sans les entreprises qui investissent dans ce pays. » Aujourd’hui, « on estime qu’il faudrait financer 80 milliards d’euros de plus par an à l’horizon 2030 uniquement pour poursuivre notre trajectoire de décarbonation. L’État ne réussira pas seul. Nous avons besoin des entreprises pour réussir pour le défi de la transition écologique. »
Et pour ne pas freiner l’engagement des acteurs économiques, « nous avons besoin de simplifier notre droit environnemental », a-t-il poursuivi, avant de rappeler les réformes menées et les réflexions en cours sur les procédures de consultation publique, les doubles études d’impact des projets industriels (des services de l’État et de l’Autorité environnementale), l’intérêt à agir dans les contentieux concernant des projets industriels ou la simplification des obligations déclaratives en matière de reporting au plan européen.
Miren LARTIGUE