Décryptage
Agriculture

Des robots dans les champs en Meuse

La chambre d’agriculture de la Meuse joue la carte de l’innovation, des technologies et de l’IA dans les champs après s’être dotée de trois robots mis à la disposition d’un céréalier depuis quelques mois, à Issoncourt. Ce démonstrateur doit permettre d’expérimenter à l’échelle d’une exploitation et en conditions réelles la réduction des produits phytosanitaires et d’apporter des solutions face aux difficultés de recrutement et au manque de temps chronique des agriculteurs.

Relever le défi de la robotique. En 2023, la chambre d’agriculture de la Meuse organisait son premier Champs des robots avec une volonté de sensibiliser et d’informer ses adhérents, mais aussi de ne pas louper le virage de l’innovation en créant, sur un même lieu, une rencontre entre exploitants et experts. C’est d’ailleurs le point de départ de cette aventure collective. «Les enjeux de l’agriculture, ce sont de tirer un revenu de son activité, tout en protégeant les milieux naturels, avec une qualité de vie acceptable pour pouvoir attirer de nouveaux talents. Et parmi ces leviers, l’innovation, la modernité et les outils peuvent soulager l’activité au quotidien. Les chambres d’agriculture ont dans leur ADN le fait d’accompagner au dernier kilomètre l’innovation», analyse Nicolas Pérotin, le président de la chambre d’agriculture de la Meuse, à l’initiative du projet baptisé Racam pour Robotique aux champs-Attractivité du métier. Si les robots sont entrés dans les fermes des éleveurs depuis déjà longtemps, c’est bien plus récent du côté des céréaliers. Très vite, la chambre a fait le choix du démonstrateur plutôt que celui de l’expérimentation et des prototypes pour privilégier du matériel innovant déjà commercialisé autour d’une mise en ferme. Après avoir pensé son projet en 2024 et identifié l’agriculteur qui serait prêt à s’associer à cette première, 2025 a été une étape clef avec l’acquisition de trois robots  : deux tracteurs autonomes et un pulvérisateur équipé d’une intelligence artificielle qui permet de différencier la culture de la mauvaise herbe, grâce à une pulvérisation ciblée.

Prise en main

Installé depuis 2018 à Issoncourt, après avoir repris la ferme familiale, Xavier Bazart a immédiatement répondu présent. Et pour cause, le jeune professionnel cochait toutes les cases du fait de son exploitation de grandes cultures, de son implantation centrale dans le Barrois, à proximité de la gare TGV et de son engagement dans le groupe national Dephy qui vise à réduire l’utilisation des produits phytosanitaires. Accompagné par un technicien, il a pris en main facilement les nouveaux équipements, même s’il avoue avoir ressenti «quelques doutes» sur l’adaptation des outils rapidement levés à la suite des premiers tests effectués sur ses champs de colza. Pour ce projet, 830 000 euros ont été investis par la Chambre d’agriculture de la Meuse qui a pu bénéficier d’un soutien financier de la Région Grand Est et du GIP Objectif Meuse en lien avec les enjeux de protection des milieux, de recrutement de main-d’œuvre et d’attractivité des métiers. Après quelques mois d’utilisation, Xavier Bazart évoque avant tout un gain de temps grâce à l’intervention en solo des deux tracteurs homologués et autonomes, ne nécessitant aucune surveillance, pour travailler sur ses parcelles. Avec le dérèglement climatique, «nos temps d’intervention sont de plus en plus limités. À l’automne, pendant que je semais les blés, les deux autres robots préparaient les champs, seuls, de leur côté. J’ai mesuré un gain de temps de neuf heures sur une seule journée, sachant que le lendemain, je n’ai pas pu intervenir en raison des précipitations pluviométriques», explique l’exploitant qui émet encore quelques réserves sur l’utilisation du pulvérisateur ciblé. 

  Centre de référence régional

Cet équipement arrivé au cœur de l’été a été justement sélectionné pour sa précision autour d’un dispositif équipé de buses tous les six centimètres combiné à des caméras. «La pulvérisation ciblée devrait renforcer la performance recherchée pour faire baisser encore l’utilisation de produits phytosanitaires. C’est aussi une chance de tester des robots qui n’auraient pu être achetés par un agriculteur», précise Thierry Juszczak, porteur du projet Racam. La Chambre d’agriculture se donne trois ans pour pouvoir tirer des enseignements significatifs en mesurant investissement, temps et impacts. L’objectif pour ce territoire rural est de devenir un centre de référence avec l’ambition de valoriser les résultats de ses démonstrateurs à l’échelle du Grand Est. À terme, cet outil doit participer à la réduction des énergies fossiles. Cette initiative est aussi une opportunité de changer... d’attirer, de créer... d’encourager une réflexion prospective autour de l’agriculture de demain. Avec ce projet, la structure consulaire démontre qu’une «révolution profonde est en cours dans les champs et les prés», selon les mots de son président, Nicolas Pérotin. Prochain rendez-vous au printemps 2027 pour le troisième Champs des robots où seront dévoilés les premiers résultats du projet Racam.


Une révolution profonde est en cours dans les champs et les prés