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Élections municipales et parité : comment encourager l’engagement des femmes en politique ?

À l’heure où la loi a étendu le scrutin de liste paritaire à toutes les communes, la Délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale s’est penchée sur les freins à l’engagement des femmes en politique et les moyens de lever ces obstacles.

Photo d'illustration. ©DR.
Photo d'illustration. ©DR.

« Malgré les progrès accomplis, la parité dans la vie politique n’est toujours pas une réalité dans l’ensemble des territoires », a rappelé la présidente de la Délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale, Véronique Riotton, (Ensemble pour la République, Haute Savoie), lors d’une table ronde sur ce sujet organisée par sa délégation le 10 décembre dernier. Si la parité est quasiment acquise dans les communes de 1 000 habitants et plus où des contraintes paritaires s’appliquent depuis les élections de 2014, les conseils municipaux ne comptent en moyenne que 37,6% de femmes, dans les communes de moins de 1 000 habitants, lesquelles représentent 70% des communes françaises.

Une réforme législative qui doit être accompagnée sur le terrain

Adoptée le 21 mai 2025, la loi visant à harmoniser le mode de scrutin aux élections municipales étend le scrutin de liste paritaire à l’ensemble des communes de moins de 1 000 habitants à compter des élections municipales de mars 2026. « Cette réforme est une chance, mais elle ne réussira que si nous sommes collectivement capables d’accompagner, d’encourager et de protéger les femmes qui souhaitent se présenter », a poursuivi la députée. « Nous voulons envoyer un message clair : la parité n’est pas un ralentisseur, elle est une solution, elle est un moteur, et un impératif démocratique. »

« Je n’aime pas les quotas, mais j’aime ce qu’ils produisent »

Interrogée sur les leviers à même de faire progresser la parité dans la vie politique, Cécile Duflot, ancienne députée et ministre du Logement et de l’Égalité des territoires, aujourd’hui directrice générale dOxfam France, a déclaré que « sur ce chemin semé d’embûches, seules les lois qui ont été votées ont permis de réelles avancées. (…) Il est toujours compliqué de se dire qu’il faut des normes, mais tant qu’il n’y aura pas de règles, il n’y aura pas de parité. » Et dans ce domaine, « nous plaidons pour des dispositifs normatifs et non punitifs [assortis de sanctions financières, NDLR] », a-t-elle précisé, avant de citer l’ancienne commissaire européenne Viviane Reding : « Je n’aime pas les quotas, mais j’aime ce qu’ils produisent. »

Appliquer cette logique de quotas au niveau de l’exécutif national

L’Index de la féminisation du pouvoir publié par Oxfam France évalue la place des femmes dans les sphères des pouvoirs politique mais aussi administratif, en incluant les cabinets ministériels et les directions générales des services. Or, « si on considère l’ensemble de ces paramètres, on arrive à un taux de féminisation de 28% », a relevé la directrice de l’ONG. « Il y a encore des choses à faire pour que les avancées soient réelles » et « la question de savoir comment on applique cette logique de quotas au niveau de l’exécutif national, où un certain nombre de fonctions sont toujours attribuées, de façon atavique, aux hommes, me paraît extrêmement importante. »

« Les femmes veulent être sûres d’être utiles, d’apporter une valeur ajoutée »

Déléguée générale de l’Association des jeunes élus de France ( de 18 à 35 ans ), Grâce Lokimbango est responsable du programme « Elles Osent 2026 ! » qui vise à accompagner les jeunes femmes issues de tous milieux à accéder au monde politique, partout en France. Selon elle, les principaux obstacles qui empêchent les jeunes femmes de prendre leur place dans la sphère politique sont « le doute organisé, qui ne provient pas forcément de soi-même mais de la société », « la violence symbolique et numérique, car les jeunes femmes font davantage l’objet d’attaques », et leur plus grande difficulté « à accéder à une sécurité financière pour pouvoir prendre le risque des élections ». Et de souligner une autre des spécificités de leur approche de la vie politique : « Les femmes veulent être sûres d’être utiles, d’apporter une valeur ajoutée ».

La charge domestique, une problématique centrale

« Nous sommes ravies que la loi soit passée et nous allons être très vigilantes sur son application », a déclaré Sophie Trilles, co-déléguée départementale de l’association Elles aussi, qui publie un Guide de la candidate – « un guide pratique qui rassemble toutes les réponses aux questions concrètes que les femmes peuvent se poser ». Or, selon elle, les questions qui reviennent de façon systématique chez les femmes face à engagement politique sont : « est-ce que je suis légitime ? Est-ce que je suis compétente ? Est-ce que je vais avoir le temps et, surtout, est-ce que je vais pouvoir tout concilier ? » Pour les femmes, « la charge domestique » est une problématique centrale, et c’est pourquoi « il faut aussi embarquer les hommes dans ce combat ».

Une réforme qui, par son ampleur, engage « quelque chose de systémique »

Maire de Saint-Yon (Essonne) et chargé du suivi des thématiques de parité à l’Association des maires de France (AMF), Alexandre Touzet a tenu a souligné « l’ampleur » de la réforme votée en mai 2025 dans la mesure où il y a 27 400 communes de moins de 1 000 habitants en France. « Je pense que l’on engage quelque chose qui est très systémique et dont on mesurera l’ampleur après les élections municipales. » Autre particularité des petites communes : « Les femmes tiennent une place essentielle dans la ruralité, peut-être plus que dans les villes. Elles sont souvent sur des postes de décision extrêmement importants dans l’économie locale. » Il y a, par exemple, « des réseaux de femmes secrétaires de mairie qui ont toutes les compétences pour assurer un mandat local » et « je crois que, lors du prochain renouvellement, ce sera une évidence ».