Interview

La Meuse un territoire résilient

Alors que le contexte économique national demeure plus qu’incertain, le département de la Meuse affiche une situation paradoxale mais porteuse d’espoirs. Perçu comme un territoire rural en retrait, il souhaite déjouer les pronostics grâce à la résilience de son tissu industriel et à des projets structurants d’envergure. Décryptages avec Éric Le Roux, le sous-préfet de la Meuse, chargé des affaires économiques.


© Benjamin Prost- "En Meuse, il y a des projets qui sont prêts à aboutir", confie Eric Leroux, le sous-préfet de Commercy

© Benjamin Prost- "En Meuse, il y a des projets qui sont prêts à aboutir", confie Eric Leroux, le sous-préfet de Commercy

Les Tablettes Lorraines: Quelle est votre analyse de la situation économique de la Meuse ?

Éric Le Roux : La Meuse affiche une légère hausse de 0,6% du taux de chômage pour le 4e trimestre 2025, en deçà des chiffres nationaux, ce qui montre une forme de résilience du territoire qui s’explique par la présence d’entreprises qui réussissent et qui sont sur des créneaux extrêmement porteurs. C’est le cas avec Daimler Buses, premier employeur privé du département mais également Arelis et Realmeca, pour la Défense, qui sont dans une recherche d’augmentation de capacité. Deuxième pan sur l’activité meusienne, les entreprises qui ont fait l’actualité et sortent aujourd’ hui la tête de l’eau avec Bergère de France et La Meusienne. Nous les accompagnons fortement. Après avoir traversé des moments extrêmement compliqués, elles reconstituent la confiance de leurs fournisseurs. Et puis, troisième pan, c’est toute la partie qui est encore à sauver et sur laquelle on a encore des inquiétudes. Finalement, ces trois pans se compensent et permettent d’être assez étanches au contexte national. Ce qui pourrait être une difficulté dans un autre contexte est plutôt une chance. 

Est-ce que ces résultats encourageants signifient que les plans sociaux n’ont pas déséquilibré les bassins d’emploi ?

Concernant Bonduelle, l’entreprise a joué pleinement le jeu de la revitalisation en participant à travers la création d’un fonds qui a vocation à alimenter des initiatives créatrices d’emplois. Ce fonds s’appuie sur une enveloppe de 1 080 000 euros qui est consignée et prête à être utilisée à la suite de l’appel à manifestation d’intérêt qui a été lancé en décembre. Sur les 150 personnes licenciées, nous recensons 33% de solutions positives. Et pour revenir sur Stenpa et la perte de 124 emplois fin 2024 sur le bassin d’emploi déjà marqué de Stenay, nous restons attentifs sur ce dossier avec d’un côté le suivi des emplois qui affichent 25% de solutions positives. L’autre difficulté est le démontage du site qui est en train de prendre fin avec des inquiétudes sur les intrusions et un sujet sur la question des PFAS. La préfecture de la Meuse reste pleinement mobilisée. 

Quelles sont les particularités territoriales de la Meuse ?

On a deux sujets importants sur le territoire, avec 12 000 habitants qui partent travailler à l’extérieur du département, en Meurthe-et-Moselle. Ce qui veut dire que le département n’est pas une entité indépendante de la région et qu’on s’inscrit pleinement dans l’écosystème régional. Le deuxième sujet fondamental à comprendre, si on veut percevoir la thématique économique meusienne, c’est la pyramide des âges, avec entre 17 et 40 ans, un trou démographique qui se voit par rapport au reste de la région. Il est important de souligner également une autre donnée intéressante, c’est que le nombre d’emplois au kilomètre carré en Meuse est quatre fois inférieur à celui de la moyenne du Grand Est. 

À l’heure où certains départements lorrains sont en plein boom économique, la Meuse apparaît plus en retrait. Est-ce exact ?

En Meuse, il y a des projets qui sont prêts à aboutir. Je pense notamment à l’aménagement de la grande zone à vocation industrielle, le Parc Innov, à proximité de Bure. Notre particularité, c’est notre capacité à travailler ensemble et pour reprendre l’image et le terme du préfet, à constituer un PAC meusien avec la Région, le Département, le GIP, les collectivités de communes, les communes, la CCI Meuse Haute-Marne, qui est un acteur très important avec une grande ambition, notamment sur le foncier, mais pas seulement. L’habitat est au cœur de nos préoccupations en lien avec le développement de certaines entreprises dont Daimler Buses à Ligny-en-Barrois. Dans le même temps, des réflexions sont menées avec Cigéo (projet français de centre de stockage profond de déchets radiactifs à Bure) et devraient bénéficier à l’ensemble du territoire. Le groupe de travail habitat a d’ailleurs vocation à créer du logement fonctionnel, peut-être modulable, adapté aux besoins d’aujourd’hui et qui n’existe pas en Meuse. On n’est pas du tout sur de la massification. Il faut être particulièrement attentif pour trouver le juste équilibre. C’est une chance pour le territoire qui permet justement à la Meuse de regarder l’avenir d’une manière un peu plus apaisée avec des perspectives. 

Le projet Cigéo est particulièrement attendu par les acteurs économiques. Où en est-on ?

La préfecture a tout mis en œuvre pour respecter ses engagements, pour qu’en 2027, il y ait une DAC (demande d’autorisation de création). Après ce ne sera plus entre nos mains. Mais ce que l’on peut dire aussi, c’est que tous les travaux qui sont conduits sur site sont allotis de manière à favoriser l’emploi local. Quand viendront les grands chantiers et donc les marchés et les appels d’offres, il y aura des clauses sociales qui permettront de mettre en œuvre un emploi équilibré au profit du territoire.

Reprendriez-vous la litote : «En Meuse, tout ne va pas si mal ?».

J’irai même plus loin. La Meuse est un département beaucoup trop méconnu, qui pourtant a une attractivité objective. Il n’y a pas d’autres territoires, à ma connaissance, qui sont à une heure de Paris, sur lequel on a du foncier disponible, une population qualifiée ou en cours de qualification, des mécanismes de soutien à l’emploi et des appels à projets partout. Aujourd’hui, celui qui veut créer, celui qui veut reprendre une PME ou une TPE, peut bénéficier d’un grand nombre d’aides et d’accompagnements qu’il ne pourrait pas prétendre dans une grande métropole.


France 2030   

France 2030 est un dossier qui a été pris à bras le corps en Meuse avec 13,5 millions de subventions et quasiment trois millions d’avances remboursables. Dans ce département, ce sont donc près de 16,5 millions d’euros qui ont été engagés pour soutenir différentes entreprises et secteurs d’activité comme Arelis, qui fabrique des systèmes électroniques embarqués pour les équipements militaires, ou encore le domaine de la transition énergétique avec Valtris et Lactosérum, la start-up Gaming Engineering spécialisée dans la conception et la production de solutions innovantes d’assemblage ou encore la scierie familiale du Grand Clos.