Qui décrochera la Palme d'or ? Le 79e festival de Cannes a déroulé samedi soir son tapis rouge une dernière fois avant de dévoiler son palmarès et désigner le lauréat 2026 parmi 22 films en compétition.
Présidé par le Sud-Coréen Park Chan-wook, le jury rendra son verdict à partir de de 20H15 (18H15 GMT) et dispose d'un très large éventail pour désigner le successeur d'"Un simple accident" du cinéaste iranien dissident Jafar Panahi, à l'issue d'une compétition très ouverte.
Le suspense reste total mais quelques indices laissent penser que "Minotaure" sur la déliquescence de la société russe sur fond de la guerre en Ukraine, "La bola negra", fresque queer du duo espagnol Javier Ambrossi et Javier Calvo, et "Fjord", du Roumain Cristian Mungiu, figureront quelque part au palmarès.
Outre la Palme d'or, qui sera remise par l'actrice Tilda Swinton, les neuf membres du jury décerneront plusieurs prix (interprétation, scénario, mise en scène...). L'un d'entre eux sera remis par l'Américaine Geena Davis, dont le visage orne l'affiche du 79e festival de Cannes.
"Je pense que les récompenses doivent être décernées à des oeuvres qui perdureront 50 ou 100 ans", avait déclaré à l'AFP Park Chan-wook, à l'orée du festival qui a débuté le 12 mai.
Selon les remontées des équipes des films, "Fatherland" de Pawel Pawlikowski, sur le retour en Allemagne de Thomas Mann, "Notre salut", coup de coeur français du festival sur le régime de Vichy, et "Soudain" avec Virginie Efira, auraient eux aussi retenu l'attention du jury.
L'Américain James Gray, déjà reparti bredouille cinq fois de Cannes, pourrait en revanche connaître une nouvelle déconvenue avec son "Paper Tiger", malgré un casting XXL (Adam Driver, Scarlett Johansson).
Au sein d'un jury, "il y a des aménagements, des arrangements: pour que celui-là passe, ok pour celui-ci… De toute façon, ce n'est pas une science exacte", se souvient un membre d'un précédent jury cannois, qui souhaite rester anonyme.
Compétition très ouverte
Alors qu'"Un simple accident" faisait figure d'ultra-favori l'an dernier, le palmarès est plus ouvert que jamais cette année.
Le jury pourrait faire un choix très politique en sacrant le "Minotaure" de l'exilé russe Andreï Zviaguintsev ou récompenser "Fjord", réflexion sur les contradictions des sociétés occidentales proclamant leur tolérance.
Le Français Swann Arlaud, qui a impressionné en petit fonctionnaire de Vichy, fait figure de de sérieux prétendant au prix d'interprétation tout comme la Française Virginie Efira, qui campe une directrice de maison de retraite dans "Soudain" et a de nouveau monté les marches du palais des festivals.
Le jeune prodige belge Lukas Dhont pourrait également inscrire son nom au palmarès avec "Coward", sur une idylle entre deux soldats non loin du front de 14-18.
Son long-métrage incarne à lui seul deux des grandes tendances du cru 2026 du festival: une romance queer et un film sur les grandes guerres du XXe siècle.
En amont du palmarès, le festival a été le théâtre d'une polémique qui a mis en ébullition le monde du cinéma. Une tribune visant Vincent Bolloré, actionnaire de référence de Canal+, a suscité la colère du président du groupe Maxime Saada, qui a déclaré ne plus vouloir travailler avec les 600 signataires du texte.
Sa sortie a provoqué l'incompréhension des professionnels du secteur qui se sont inquiétés de l'existence d'une "liste noire" dans une industrie dont Canal+ est le principal financeur.
Depuis, près de 4.000 personnes supplémentaires ont signé la tribune, selon le collectif Zapper Bolloré, dont quelques stars internationales (Javier Bardem, Ken Loach...) mais peu de figures de premier plan du cinéma français.
Samedi matin, la Ligue des droits de l'Homme (LDH) et la CGT Spectacle ont annoncé engager une action en justice à Nanterre contre Canal+, dénonçant une discrimination envers les signataires de la tribune.