Interview

Forchy Pâtissier : «Nous enregistrons 30 % de notre chiffre d’affaires à l’export»

Fondée en 1919, l’entreprise ne cesse de se réinventer et de se remettre en question. Les clients sont les premiers à tester les nouvelles gourmandises. Entre vente en magasin, fabrication pour des marques distributeurs et export, elle glisse sur un bel équilibre. Entretien avec Fréderic Forchy, responsable de production.



Une belle histoire de transmission.

Une belle histoire de transmission.

Pouvez-vous nous présenter votre entreprise ? 

Fréderic Forchy : Nous sommes une PME normande et familiale fondée à Yvetot en 1919 par mon arrière grand-père, Roger. Nous y sommes toujours implantés. Nous y avons notre usine de fabrication et un magasin d’usine adossé situés près de la gare SNCF. Nous comptons 36 salariés dont nous sommes proches. Nous tenons à rester une entreprise familiale à taille humaine. Nous sommes très reconnaissants envers nos salariés : leur engagement et la transmission du savoir-faire sont de réels moteurs qui contribuent à la réussite. Leur ancienneté est en moyenne de 15 ans. Cela prouve qu’ils se sentent bien avec nous, et nous également. Mon père, Eric Forchy, est le directeur général, mon frère Emmanuel est commercial. Véronique, notre maman, est la gérante de la boutique qui occupe 5 personnes. Quant à moi, je suis responsable de production. 

Quelle est son histoire ? 

Au départ, nous étions une boulangerie-pâtisserie classique de centre ville à Yvetot centre. Mon arrière grand-père a lancé un gâteau historique : le Saint-Luc inspiré du saint-patron de la ville et qui pouvait être mangé lors du carnaval. Sa jolie apparence cache un biscuit moelleux, garni d’une crème au beurre généreuse, déclinée en saveurs praliné, framboise, chocolat ou caramel. Sa recette se transmet de pâtissier en pâtissier. Il est fabriqué de manière artisanal comme la brioche, la galette des rois, les palmiers, les sablés; car oui chez nous le monde industriel côtoie le monde artisanal ce qui donne un savoureux mélange

C’est votre grand-père Claude Forchy qui a amorcé le virage de l’industrie…

Oui, dans les années soixante, les pâtisseries ont commencé à être vendues dans le Pays de Caux et la Normandie. Il effectuait des livraisons lui-même avec son camion blanc et rouge. Sa boutique était implantée sur le tracé de la nationale reliant Le Havre à Roue, l’expropriation qui en a découlé, fût le tremplin pour acquérir le site sur lequel nous sommes toujours aujourd’hui. De fil en aiguille, l’artisanat a laissé place à l’industrie. Nos produits historiques étaient et sont les génoises, les madeleines, (que nous ne produisons plus), et les cakes aux fruits. 

Quelle est votre gamme de produits ? 

Nous avons une trentaine de références. 50 % de nos ventes sont réalisés par les brownies. Nous en proposons huit recettes. Forchy Pâtissier c’est aussi 12 recettes de cakes. Nous avons aussi deux gâteaux estampillés «Saveur de Normandie». Il s’agit du fondant normand et du gâteau normand au caramel ! Nous avons aussi une gamme pour les fêtes composée notamment du brownie chocolat menthe ou de bûches. 

Les nouveautés, c’est important ? 

Oui, car il y a des modes, des cycles dans la pâtisserie. On essaie de suivre les tendances du marché. Le tout étant de rester fidèles à nos valeurs et à notre ADN, rester à l’écoute de nos consommateurs et de leurs envies : produits moins sucrés, sans huile de palme, origine des ingrédients tracée et suppression des additifs. Tout en surfant sur des saveurs tendances comme le matcha. C’est un challenge quotidien pour rester dans la course !

Avoir une boutique est essentiel ?

Oui, c’est notre premier lieu de vente. Elle permet d’échanger avec les consommateurs qui découvrent des produits de qualité à tarifs préférentiels. Nous vendons des produits déclassés ou à date courte avec de belles remises. Les clients sont les premiers à tester nos nouvelles recettes. Ils apprécient que nos pâtisseries, sans conservateurs, se gardent entre trois et six mois. La boutique, c’est une interface privilégiée pour échanger avec nos clients du territoire, qui nous sont fidèles, et nous également !

Vous êtes intransigeants sur la qualité…

Oui, nous faisons le maximum pour travailler avec des matières premières françaises et de qualité : farine, sucre, arômes et alcoolats sont 100 % français. Les cerises sont de Provence, le sel de Guérande. Le beurre et les oeufs sont en grande majorité produits en France. Notre ambition est de proposer du sain en termes de composition, d’ingrédients. Le challenge quotidien est de maitriser les prix malgré les turbulences que nous avons dû subir ces dernières années entre notamment Covid, guerre en Ukraine, crise de l’énergie, inflation, explosion des cours du cacao… L’ambition est d’être là demain et après-demain, de pérenniser les emplois et l’entreprise pour les prochaines décennies. 

Comment se compose votre chiffre d’affaires ? 

10 % de nos ventes sont réalisées par la boutique. Nous collaborons aussi avec des enseignes de moyennes et grandes surfaces de distribution, des épiceries fines. Nous fabriquons aussi pour les grandes marques de distributeurs. Cela représente 30 % de notre activité. Enfin, nous enregistrons 30 % de notre chiffre d’affaires à l’export : Japon, Canada, Italie, Danemark, Allemagne, Mexique, Angleterre, Roumanie… Ces résultats consacrent tout le travail des équipes engagées depuis de nombreuses décennies.

Vous êtes sensibles au développement durable…

Dès 2017, afin de réduire l’impact de l’activité sur l’environnement, nous nous sommes engagés pour sensibiliser les opérateurs aux bons gestes à adopter que ce soit le tri, le recyclage, la réduction de la consommation d’énergie et d’eau… Depuis l’an dernier, nous avons une centrale solaire au sol qui couvre un tiers de nos besoins en électricité. Nous avons travaillé avec l’Agence de l’eau pour désimperméabiliser notre parking datant des années soixante. L’eau s’infiltre dans le sol et ne retourne plus au réseau ! Nous avons planté un verger de 25 pommiers et poiriers, qui sont d’essences locales. Nous avons semé un mélange floral. Grâce à une dizaine de ruches, nous produisons du miel qui est vendu dans la boutique. Tous nos engins de manutention sont électriques. Les voitures de société sont électriques ou hybrides. Nous avons réduit notre consommation de gaz de 10% en optimisant le matériel et les façons de travailler et de 20% pour l’électricité. Côté matériel, on investit dans de l’occasion et beaucoup dans le refeet : c’est-à-dire que nous remettons au goût du jour l’électronique, l’automatisme et la motorisation des machines, ce qui limite les couts, est durable et permet de pérenniser nos outils de production.