En bref

François Patriat, une part du macronisme historique quitte le Parlement

Il fut l'un des premiers fidèles du président, il en sera sûrement l'un des derniers: 45 ans après ses débuts comme parlementaire, le sénateur François Patriat ne renouvellera pas son mandat. Avec lui, c'est une...
François Patriat lors d'une séance de travail au Sénat, le 23 janvier 2025 à Paris © Ludovic MARIN

François Patriat lors d'une séance de travail au Sénat, le 23 janvier 2025 à Paris © Ludovic MARIN

Il fut l'un des premiers fidèles du président, il en sera sûrement l'un des derniers: 45 ans après ses débuts comme parlementaire, le sénateur François Patriat ne renouvellera pas son mandat. Avec lui, c'est une part du macronisme historique qui quitte le Parlement.

A 83 ans, l'élu de Côte-d'Or a longtemps retardé sa prise de décision, ou du moins son officialisation: patron du groupe macroniste à la chambre haute, qu'il a créé en 2017, il ne briguera pas de quatrième mandat de sénateur en septembre.

"Beaucoup, et je les en remercie, m'invitent à continuer, mais plus nombreux encore sont ceux qui comprendront ma décision", a-t-il écrit dans une lettre consultée par l'AFP.

Auprès de l'AFP, Emmanuel Macron a salué son "ami", "un homme de fidélité", "à sa Bourgogne qu'il n'a cessé de défendre", "à son pays qu'il n'a cessé de servir". Et "au dépassement politique" porté par l'alors candidat Macron que celui que ses proches surnomment "Fanfan" fut, en 2016, "parmi les premiers à rejoindre".

C'est presque la fin d'une ère au Parlement. Cet ex-socialiste y aura passé quinze ans comme député entre 1981 et 2000 puis dix-huit ans comme sénateur entre 2008 et 2026.

De ses "23 élections", il n'en a perdu que deux, calculait récemment l'éphémère membre du gouvernement Jospin, comme secrétaire d'Etat au Commerce (2000-2002) puis comme ministre de l'Agriculture (2002).

"Il y a aussi chez moi une forme de fierté politique. A 83 ans, repartir pour sept ans, est-ce encore digne?", s'interrogeait-il ces derniers jours en privé.

Et ce n'est pas un hasard si son départ coïncide - à quelques mois près - avec celui d'Emmanuel Macron, à qui il voue encore une admiration totale.

Son ralliement précoce lui a permis de côtoyer de très près le sommet du pouvoir, bien plus que ce que l'écosystème socialiste le lui avait jusque-là permis.

Dieu" et le cierge

"Moi, je suis là pour aller jusqu'au bout avec Macron", résume cet infatigable soutien du président, qui a été longtemps parmi les seuls à prédire une dissolution de l'Assemblée après le début raté du second quinquennat.

"Je ne sais pas comment les Français peuvent à ce point douter d’un président aussi bon, aussi brillant, aussi humain, aussi tactile", soupirait-il en pleine crise des retraites.

Avant la fin de leurs mandats, le chef de l'Etat est venu lui rendre visite pour une soirée amicale et discrète en Bourgogne en février, même s'il lui répond "un peu moins ces temps-ci", alors qu'il fut longtemps dans un cercle privilégié.

Parmi ces historiques, il fait figure de dernier combattant dans l'arène politique: Richard Ferrand et Jacques Mézard sont partis au Conseil constitutionnel, Gérard Collomb est décédé en 2023.

Né le 21 mars 1943 à Semur-en-Auxois, marié et père de deux enfants, ce vétérinaire de formation a exercé pendant 12 ans à Pouilly-en-Auxois, et a été maire de 1989 à 2001 de Chailly-sur-Armançon, en Côte-d'Or.

Puis président de région de 2004 à 2015, réalisant dix ans après une prophétie de François Mitterrand, avec qui il jouait au golf: "Tenez bon, un jour, vous gagnerez la Bourgogne".

Face à cette retraite politique, la peur du vide guette le sénateur, même s'il va pouvoir dégager du temps pour ses multiples passions, chasse, golf, cyclisme et vin, alors qu'il compte déjà à son actif "12 sangliers, 32 parcours de golf et 4.500 kilomètres de vélo" pour 2026.

Mais ses interlocuteurs garderont en mémoire certaines anecdotes, comme celle - presque dramatique - de ce jour de septembre 2016, où, blessé dans un accident de la route, il ne reste conscient que parce qu'un ami le garde en alerte au téléphone... Cet ami, c'est Emmanuel Macron, qu'il qualifie depuis, en ne riant qu'à moitié, de "Dieu".

D'ailleurs, il ne manque pas de raconter, photo à l'appui, comment il a allumé un cierge dans la cathédrale d'Amiens le 6 avril 2016, lieu et jour de la création d'En Marche.

Faute de signal présidentiel, François Patriat se refuse toujours à apporter un soutien franc à un candidat pour 2027, malgré une certaine proximité avec Bruno Le Maire ou Gérald Darmanin.

Une chose est certaine, sa loyauté restera intacte. Voire irrationnelle? Sur l'ordinateur de François Patriat, le fond d'écran est déjà choisi: il affiche "Macron 2032".