Décryptage

Hauts-de-France : l’artisanat sous pression face à la hausse des coûts et des contraintes

Carburant, énergie, matières premières… dans les Hauts-de-France, les artisans voient leur activité reculer et leurs marges s’effriter. À tel point que la chambre de Métiers et de l’Artisanat parle d’une situation d’«asphyxie» du tissu économique local.

Au premier trimestre 2026, la tendance est nette : 56% des artisans déclarent une baisse d’activité. Un niveau que Laurent Rigaud, président de la chambre de Métiers et de l’Artisanat (CMA) Hauts-de-France, dont le siège est à Lille, qualifie de «rarement observé hors période de crise majeure». Et pour un tiers d’entre eux, la situation est encore plus difficile, avec une chute de chiffre d’affaires supérieure à 10%.

Derrière ces chiffres, une réalité très concrète : tout coûte plus cher. Se déplacer, produire, acheter les matières premières, payer les charges… Les hausses s’accumulent et grignotent les marges. Les professionnels qui se déplacent beaucoup – plombiers, taxis, ambulanciers – sont particulièrement exposés à la hausse du carburant. «Le carburant, cest la goutte deau», résume Laurent Rigaud.

Des entreprises sous tension au quotidien

Sur le terrain, la pression est permanente. Pour la CMA régionale, la situation ne relève plus d’un simple passage difficile. «Ce nest plus une difficulté passagère, cest une asphyxie. Beaucoup dartisans travaillent à perte, sans visibilité, et certains niront pas au bout de lannée si rien ne change», alerte Laurent Rigaud.

Les difficultés s’enchaînent : les clients paient parfois plus tard, les fournisseurs se montrent plus exigeants, et les banques prêtent avec plus de prudence. Résultat, les trésoreries se tendent et les revenus des dirigeants diminuent. «Certains dirigeants se paient durant six mois, puis font un mois à blanc, afin de renflouer la trésorerie», décrit le président de la CMA. Et il insiste : «Quand un artisan gagne tout juste 1 000 euros, on trouve ça normal. Non, ça ne lest pas».

 Beaucoup d’artisans travaillent à perte, sans visibilité

Tous les secteurs ne sont pas touchés de la même manière. Dans le bâtiment, les carnets de commandes offrent rarement plus de six mois de visibilité. «Ils nont pas le moral. Ils ont tiré partout», résume Laurent Rigaud. Dans les métiers de bouche, la hausse des matières premières, notamment la viande, atteint 30 à 40%, sans possibilité de répercuter cette augmentation dans son intégralité sur les prix.

Normes, complexité : un quotidien de plus en plus contraignant

À ces difficultés économiques s’ajoute, selon la CMA, un autre frein : la multiplication des normes et des démarches administratives, qui alourdit le quotidien des artisans. Face à cela, la Chambre consulaire demande un allègement des règles et davantage de souplesse. «Il faut simplifier le travail», insiste Laurent Rigaud. Celui-ci plaide pour «débrider» l’artisanat et arrêter «les nouvelles normes qui se rajoutent aux autres». Pour lui, l’enjeu est avant tout de travailler dans de bonnes conditions. «Nous ne demandons pas un chèque carburant, nous demandons de laisser travailler», résume-t-il. Le président régional de la CMA évoque notamment le 1er mai, où plusieurs artisans auraient souhaité exercer leur activité mais n’ont pas pu le faire.

Au-delà des entreprises, la CMA alerte sur un risque plus large : celui d’un affaiblissement du tissu artisanal. Dans une région qui compte environ 130 000 entreprises et près de 300 000 salariés, ce secteur joue un rôle clé dans la vie quotidienne, notamment pour les commerces de proximité et les centres-villes. Mais la dynamique ralentit, avec une baisse d’environ 20% des créations d’entreprises. «Quand un artisan disparaît, il est très difficile den retrouver un», souligne Laurent Rigaud, inquiet pour la transmission des savoir-faire et l’avenir des territoires. «On va perdre nos savoir-faire», conclut-il.

Pour Aletheia Press, Lolita Péron Vranesic