Interview
Viticulture

IGP Côtes de Meuse : la qualité avant tout

Avec seulement cinq domaines pour 45 hectares de vignes, l’IGP Côtes de Meuse est l’un des plus petits vignobles de France, mais produit autant que l’AOC Moselle : autour de 3 000 hectolitres. Engagée dans la qualité, la deuxième génération de viticulteurs meusiens n’a plus à rougir et a su patiemment gagner ses lettres de noblesse, sans faire de bruit. Rencontre avec Renaud Pierson, le président de l’IGP Côtes de Meuse depuis 2011.

Les Tablettes Lorraines : Pour débuter, un mot sur vous et votre parcours. Pourquoi avoir pris la tête de l’IGP Côtes de Meuse ?

Renaud Pierson : J’ai accepté la demande de mon prédécesseur, Philippe Antoine, qui est venu me chercher. En 2008, je sortais de l’école et je revenais m’installer dans le domaine familial. Il m’a tout de suite mis dans le bain, tout s’est fait naturellement. Il faut savoir que les Côtes de Meuse, ce sont cinq domaines, ce qui réduit inévitablement le nombre de candidats. Pour ma part, je viens d’une famille de vignerons et j’ai pris la suite de mon père et de mon oncle. Nous avons toujours eu des vignes depuis que les Pierson sont ici, bien avant la naissance de l’IGP ! 

Bien moins connu que le géant voisin (vins d'Alsace), pouvez-vous nous rappeler les dates clefs de l’IGP Côtes de Meuse ?

L’histoire du vignoble meusien remonte au Moyen-âge, avec une apogée autour de 1850, et ses plus de 14 000 hectares de vignes recensées en Meuse. Le déclin s’est progressivement fait avec la concurrence des vins du Sud, le phylloxéra qui a décimé tout le vignoble français puis la Première Guerre mondiale, sachant que l’arrière-garde allemande était installée dans les Côtes de Meuse. Au moment de la reconstruction, ce sont des mirabelliers, plus porteurs, qui ont été plantés à la place des vignes. Mon arrière-grand-père a été témoin de cette période. Dans les années 1970, quelques familles du secteur se sont réunies pour relancer la filière, dont mon grand-père au moment où mon oncle s’installait. En 1981, une première appellation «Vin de pays de la Meuse» a été accordée puis transformée en 2006 en «Vin de pays des Côtes de Meuse», réduisant le zonage à quinze communes. L’IGP est née en 2009, à la suite de la réforme du marché du vin de l’Union européenne. Nous sommes actuellement cinq domaines pour 45 hectares de vignes. Nous passons toujours pour le Petit Poucet, mais ce n’est pas le cas. Nous n’avons pas les mêmes moyens que la Moselle qui a massivement investi dans une route des vins, pour ne prendre que cet exemple, mais nous produisons autant en Meuse qu’en Moselle avec plus de 3 000 hectolitres et surtout nous avons une vraie régularité dans nos volumes de production chaque année.

Comment décririez-vous les vins de Meuse, quelles sont leurs particularités ?

Contrairement à une AOC, nous avons plus de possibilités, de libertés et d’agilité. Tous nos cépages sont dans l’appellation. Nous avons une grande diversité de vins blancs, qui représente la moitié de notre production : pinot blanc, pinot gris, chardonnay ou encore auxerrois. C’est une palette intéressante et chaque vigneron fait selon sa culture et ses envies. Pour vous donner quelques exemples, certains cépages sont élevés sous-bois, d’autres cherchent vraiment le côté fruité. Sur les cinq domaines, il y en a quatre qui sont en bio et un en haute qualité environnemental (HQE). Clairement, la jeune génération est davantage investie et mobilisée autour des engagements environnementaux.

Malgré sa petite taille, que représente la filière sur ce territoire rural ? Que pèse-t-elle en termes économique et culturel ?

Ce que j’aime mettre en avant, c’est que nos vignes sont implantées au milieu d’un paysage, de la forêt, des vergers. Nous n’avons pas une concentration de vignes comme c’est le cas dans les autres vignobles, avec pour conséquences beaucoup moins de pressions au niveau des ravageurs. Nous avons également un type de culture, en vigne haute, semi-large, comme en Alsace, qui est beaucoup moins sensible aux maladies par rapport à la Champagne ou la Bourgogne. Pour revenir à notre poids économique, nous vivons principalement de ventes locales mais aussi des touristes qui sont nombreux en été. Nous créons des emplois sur peu de surfaces. Et nous ramenons de l’attractivité et de l’économie au territoire. Il y a d’ailleurs une prise de conscience des politiques et des élus qui travaillent avec nous et nous mettent en avant. De notre côté, nous avons fait un gros travail avec la Communauté de communes des Côtes de Meuse autour d’un plan paysage, il y a une dizaine d’années maintenant autour de l’IGP.

Alors que le vin de Meuse a été relancé dans les années 1970, quelle est votre situation aujourd’hui ?

Nous avons passé un cap alors que nos parents ont davantage galéré parce qu’ils repartaient de zéro avec des vignes jeunes qui produisaient beaucoup. Ils n’avaient peut-être pas les mêmes objectifs de qualité que nous. La deuxième génération est plus tournée vers le qualitatif. Nous avons tous été formés et nous suivons la tendance. Économiquement, nous vendons plus chère notre production, nous pouvons donc nous permettre de produire un peu moins et de monter en qualité ou d’investir un peu plus dans le travail de la vigne. 

À l’heure où la profession est confrontée aux changements climatiques, comment répondre et anticiper ces futures évolutions ?

Pour l’instant ce changement climatique nous a plutôt aidés, avec davantage d’ensoleillement, qu’impactés. La principale difficulté est que nous n’avons plus de vrai hiver. Du coup, la nature redémarre bien plus tôt qu’avant avec un risque de gel accru, même si, jusqu’à présent, nous avons été plutôt protégés contrairement à d’autres. Je pense à la région de Chablis qui souffre depuis plusieurs années. C’est d’ailleurs une vraie catastrophe pour eux. Ici, il fait plus chaud, il y a plus de soleil, le vin est forcément différent. Avant, nos prédécesseurs chaptalisaient régulièrement (rajouter du sucre pour viser un degré) et vendangeaient début octobre. Aujourd’hui, nous vendangeons début septembre et, cette année, nous pourrions même commencer dès la fin août, ce qui serait exceptionnel, si les conditions favorables se poursuivent. 

Nous sommes dans une période particulière avec des arrachages de vignes en raison de la baisse de la consommation. Quel est votre regard sur l’évolution du patrimoine viticole ? 

Cette tendance est inquiétante même si pour l’instant nous ne sommes pas concernés en Meuse. Mais nous devons avoir une réflexion sur ce sujet. Aujourd’hui la consommation a beaucoup évolué. Pour les vins rouges, la mode est portée vers des vins légers, gouleyants, très fruités, faciles à boire. Les consommateurs ne veulent plus des vins ultra tanniques qu’il faut garder en cave. Et donc, avec notre pinot noir ou notre gamay, nous répondons parfaitement à cette tendance. Quant à nos vins blancs qui sont fruités, à boire jeunes, ils répondent eux aussi aux attentes des consommateurs. Nous exportons peu et donc nous ne sommes pas impactés. Mais, face à cette situation, les Champenois vont essayer de revenir sur le marché français. Et là, nous sommes particulièrement montés en gamme avec nos vins effervescents avec l’IGP Lorraine. Quand je me suis installé il y a vingt ans, il n’était pas envisageable d’organiser un mariage sans Champagne, or désormais les clients veulent des vins locaux et de qualité. C’est pour cette raison que nos effervescents cartonnent. Nous avons su gagner ce marché en plein essor. Auparavant, nous disions que nous produisions autant de bouteilles qu’il y avait d’habitants en Meuse, désormais, avec 400 000 bouteilles produites en 2025, nous avons dépassé la démographie de notre territoire ! 

Nous produisons autant en Meuse qu’en Moselle

Communication bien huilée

L’IGP Côtes de Meuse s’est progressivement structurée en se tournant vers un plan de communication plus dynamique et des objectifs précis. Pour y parvenir, des manifestations sont désormais mises en place dont la marche gourmande organisée tous les deux ans qui connaît un franc succès. En parallèle, les vignerons ont compris qu’ils avaient tout intérêt à davantage «ouvrir leur domaine» lors du démarrage des vendanges pour inviter les politiques à leur rendre visite.