L'ancien magnat de la presse hongkongaise prodémocratie Jimmy Lai, condamné lundi à 20 ans de prison pour atteinte à la sécurité nationale, est l'une des vieilles bêtes noires de la Chine.
Jimmy Lai, l'un des dissidents les plus célèbres de Hong Kong, est emprisonné depuis plus de cinq ans. Il est le premier à avoir été accusé de "collusion avec des forces étrangères" en vertu de la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin en 2020, après les grandes manifestations prodémocratie, parfois violentes, de 2019 dans ce territoire chinois à statut spécial.
Jimmy Lai est resté impassible en entendant sa peine, au cours d'une audience de quelques minutes.
Un "fauteur de troubles
Le milliardaire âgé de 78 ans, qui aime se présenter comme un "fauteur de troubles", soutient depuis longtemps le mouvement prodémocratie de Hong Kong.
Né en Chine continentale, il est arrivé clandestinement à l'âge de 12 ans à Hong Kong, alors colonie britannique, où il a travaillé dans des ateliers clandestins avant de fonder en 1981 ce qui deviendra l'empire international du textile Giordano.
M. Lai a fondé sa première publication, très critique de l'appareil chinois, peu après que les chars chinois ont été envoyés sur la place Tiananmen à Pékin en 1989 pour écraser les manifestations prodémocratie.
Ses deux principaux titres, le quotidien Apple Daily et le magazine Next exclusivement numérique, étaient extrêmement populaires à Hong Kong, mêlant sensationnalisme et reportages politiques percutants.
Ils faisaient également partie des rares publications ayant ouvertement pris le parti des grandes manifestations prodémocratie à Hong Kong en 2019. Ce qui a valu à Jimmy Lai d'être qualifié de "traître" par les médias d'Etat chinois.
Peu avant son arrestation en 2020, à l'AFP qui lui demandait pourquoi il ne profitait pas paisiblement de sa fortune, sans faire de bruit comme tant de magnats de Hong Kong, M. Lai avait répondu: "Je suis peut-être un rebelle-né, peut-être que je suis quelqu'un qui, outre l'argent, a besoin de donner beaucoup de sens à sa vie".
Le "glas pour Hong Kong
Le magnat avait ajouté que la loi de Pékin sur la sécurité nationale sonnerait "le glas pour Hong Kong".
Il a été arrêté pour la première fois en août 2020 au moment d'une perquisition d'Apple Daily.
En décembre 2020, un juge lui avait accordé une libération sous caution mais une semaine plus tard, la plus haute cour locale avait ordonné son retour en prison où il est détenu depuis.
Avant lundi, M. Lai a déjà été condamné dans cinq affaires, dont quatre concernent les manifestations de 2019. La justice l'a notamment condamné à 20 mois d'emprisonnement pour l'organisation et la participation à des rassemblements non autorisés. Une peine de 69 mois de prison lui a par ailleurs été infligée pour "conspiration en vue d'une fraude".
Il est, selon son fils Sebastien Lai, "le plus vieux prisonnier politique de Hong Kong".
Lui et sa sœur, Claire Lai, ont récemment dit s'inquiéter de l'état de santé de leur père, diabétique, les autorités de Hong Kong affirmant pour leur part qu'il recevait des soins "adéquats et complets".
Son avocat étranger récusé
Un ensemble de règles différentes et plus strictes s'appliquent aux affaires de sécurité nationale depuis l'annulation de la libération sous caution de M. Lai, une décision qui a fait jurisprudence et affecté des dizaines d'affaires ultérieures.
Pour se défendre à son procès, M. Lai, qui dispose d'un passeport britannique, avait au départ choisi Tim Owen, célèbre avocat originaire du Royaume-Uni, spécialiste des droits humains. Mais il a été récusé après que Pékin a accordé de nouveaux pouvoirs en ce sens au dirigeant de Hong Kong dans les affaires liées à la sécurité nationale.
Le Parlement pro-Pékin du territoire est allé plus loin en mai 2023, en adoptant des lois exigeant des avocats étrangers une autorisation spéciale pour intervenir sur ce type de dossiers.