Trop abondante, insuffisante... Le 25 février, lors du Salon de l'Agriculture, à Paris, le réseau des Safer, Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural, organisait une table ronde intitulée « Eau et changement climatique : s'adapter ! ». Par exemple, sur les littoraux de France, l'enjeu de l'élévation du niveau de la mer est crucial à plusieurs égards. Tout d'abord, l'avancée dans les terres du trait de côte va restreindre l'espace disponible. Les espaces agricoles sont particulièrement concernés. En effet, ils représentent 45% de l'espace littoral, soit 700 000 hectares et 50 000 exploitations.Or, « les effets du changement climatique s'inscrivent dans un contexte où la pression foncière est déjà très forte, avec les ports et le tourisme », rappelle Nicolas Agresti, directeur du service ‘Études, veille et prospective’ à la fédération nationale des Safer (FNSafer).
En plus de la raréfaction de l'espace, « l'élévation du niveau de la mer a aussi un impact indirect sur les parcelles ». Il induit une salinisation des parcelles qui peut les rendre impropres à la culture et favorise les inondations par remontée des nappes phréatiques. Au total, 7 200 hectares de surfaces agricoles, naturelles et forestières devraient être impactés par la montée des eaux d'ici 2050 et 465 000 à horizon 2100, d'après le Cerema, référent public qui accompagne l’État, les collectivités et les entreprises pour adapter les territoires au défi climatique.
Préserver les capacités productives
Au niveau local, les acteurs des territoires concernés – dont les Safer- ont commencé à mettre des solutions en place. C'est notamment le cas à la Réunion, où les problèmes sont loin de se limiter à l'avancée du trait de côte. Sur ce territoire restreint, 40 000 hectares sont consacrés à des cultures diverses : canne à sucre, fruits, légumes, élevage. Or, « les impacts du changement climatiques sont déjà manifestes », explique Julie Veysseyre, ingénieure d'études à la FNSafer. Parmi eux : hausses des températures et accroissement de la fréquence des sécheresses, montée du niveau de l'eau...« L'agriculture cherche à s'adapter et à préserver ses capacités productives. Depuis les années 1990, de grands projets sont menés sur l’île pour équiper en irrigation des territoires », précise-t-elle. Déjà, le projet ILO, Irrigation du littoral ouest, a permis de déployer 280 km de canalisations. Il assure la distribution d'eau dans 17 000 hectares. Une partie de ces terres, auparavant inexploitable, a pu être mise en culture grâce à l'arrivée de l'eau. De nouveaux projets sont en cours ou prévus dans les années à venir. En raison de la monté des températures, ils misent notamment sur la mise en culture de terres en altitude. Mais surtout, le plus souvent, le déploiement de projets de diversification et de sécurisation des zones déficitaires en eau de pluie comprend la réhabilitation ou la réalisation de retenues d'eau. Sur la période 2023-2027, dix nouvelles sont prévues, pour un total de 17 900 m3.
Ailleurs, dans l’Hexagone, ce type de projets – aussi surnommés méga-bassines - a suscité de violents affrontements, en particulier dans les Deux-Sèvres. A la Réunion, un consensus a été patiemment construit, selon Pascal Férey, président de la Safer Normandie, auparavant chargé de l'Outre-mer : « les collectivités, les agriculteurs, les associations environnementales se sont accordés sur un axe stratégique. Pas de méga projets, mais des projets structurants de territoire, avec une vision très humaine. C'est important. Ces enjeux, nous allons y faire face dans d'autres départements d'Outre mer, mais aussi, rapidement, en Métropole ».