Basé au Havre depuis 1977, l’IPER, aujourd’hui rattaché à l’EM Normandie, se transforme. Sous la direction de Maud Fouquet, l’institut adapte son catalogue pour répondre aux mutations profondes du secteur maritime : transition écologique, défis géopolitiques et innovation technologique. Entretien sur l’avenir du seul centre de formation des cadres portuaires en France.
L’IPER fêtera ses 50 ans l’an prochain. Quel est son rôle principal auprès des professionnels du secteur maritime et quel est votre parcours jusqu’à sa direction ?
Maud Fouquet : L’IPER est aujourd’hui intégré au pôle Executive Education de l’EM Normandie, qui regroupe l’ensemble des formations continues de l’école. Ce rattachement permet de mutualiser les expertises et de proposer des modules à la fois spécialisés et généralistes. Nous accompagnons des cadres portuaires, issus du secteur privé comme des collectivités, dans leur montée en compétences. Les promotions sont volontairement à taille humaine – de 6 à 12 stagiaires – afin de favoriser les échanges et d’enrichir un réseau qui compte déjà plus de 10 000 professionnels formés depuis la création du programme. Pour ma part, j’ai consacré plus de vingt ans à l’enseignement du droit avant de me spécialiser dans l’ingénierie pédagogique. Recrutée par l’EM Normandie en 2023 pour diriger un programme de Master, j’ai ensuite pris la tête du département Executive Education. C’est dans cette dynamique que l’IPER a été rattaché à ce pôle de formation continue.
Vous avez relancé l’activité de l’IPER en septembre dernier. Où en est aujourd’hui l’institut ?
À mon arrivée, j’ai engagé un important travail de réseautage afin d’identifier les besoins actuels des acteurs du monde maritime et de repenser notre catalogue autour des fondamentaux d’une école de commerce, notamment la gestion et la stratégie. L’actualité impose également de nouvelles priorités. L’impact de la géopolitique sur les routes maritimes est devenu un enjeu central pour les professionnels du secteur. Autre axe majeur : la décarbonation, avec l’objectif de réduire les émissions de CO₂ d’une activité particulièrement énergivore. À travers le module « Green Port », l’institut explore des solutions concrètes comme la propulsion vélique, les biocarburants ou encore l’électrification des quais. Nous avons également intégré au catalogue le concept de « Smartport », ou port intelligent, qui place les systèmes d’information au cœur de la gestion portuaire moderne. Ces thématiques structurent aujourd’hui notre offre de formation.
Vous avez lancé une nouvelle formation sur la «gestion portuaire au féminin». Pourquoi avoir créé ce module spécifique ?
Ayant moi-même ressenti la difficulté de s’imposer en tant que femme dans un milieu maritime encore très masculin et largement dominé par des profils seniors, j’ai souhaité créer un module dédié. Cette formation, exclusivement réservée aux femmes, ne porte pas sur les aspects techniques, mais sur la posture managériale, le leadership et la compréhension des biais de genre. L’objectif est clair : aider les professionnelles à affirmer leur légitimité et à trouver pleinement leur place au sein d’un réseau encore perçu comme fermé.
Quels sont les prochains projets ?
Dès la rentrée de septembre, nous lancerons nos premiers modules en e-learning afin d’offrir davantage de flexibilité aux cadres et de lever les barrières géographiques, notamment à l’international. Ces formations digitales ne seront toutefois pas proposées en totale autonomie. Nous avons fait le choix d’un format hybride, associant contenus en ligne, accompagnement personnalisé et temps d’échange collectifs, afin de garantir un apprentissage interactif et d’éviter l’isolement des participants.
Pour Aletheia Press, Eléonore Chombart