L’initiative transfrontalière vise à accompagner la transition écologique du transport de marchandises sur l’axe reliant le Grand Hainaut à la province belge du Hainaut.
Organisé en partenariat avec l’Agence de Développement et d’Urbanisme, la CCI Hauts-de-France, IDEA, IGRETEC, l’Université de Mons et l’Université Polytechnique Hauts-de-France dans le cadre du programme Interreg France - Wallonie - Vlaanderen, le projet part d’un constat partagé par de nombreux acteurs du secteur : malgré l’existence d’alternatives plus respectueuses de l’environnement, comme le transport fluvial ou ferroviaire, la route reste aujourd’hui largement dominante dans les flux logistiques. L’enjeu étant donc de favoriser des solutions plus durables en levant les freins techniques, économiques et organisationnels.
Le report modal confronté à de nombreux freins
La première table ronde, intitulée «Report modal : pourquoi est-ce encore si difficile ?», a mis en lumière les obstacles qui limitent le recours aux solutions multimodales. Parmi les principaux freins identifiés par les intervenants figure le manque d’infrastructures adaptées des deux côtés de la frontière pour faciliter les connexions entre modes de transport. La fiabilité et la réactivité restent également des critères déterminants pour les entreprises, notamment lorsque les délais sont serrés, et dans ce contexte le transport routier conserve souvent l’avantage de la rapidité et de la flexibilité.
Le coût perçu constitue un deuxième obstacle. Si le multimodal peut s’avérer compétitif sur le long terme, son adoption nécessite souvent un investissement initial et une adaptation des organisations logistiques. Enfin, les ruptures de charge et la complexité opérationnelle ont également été identifiées comme des freins pour les entreprises, en particulier lorsqu’elles manquent de visibilité sur l’ensemble de leur chaîne logistique. Pour les participants, la transition passe donc autant par des évolutions techniques que par un changement de mentalité au sein des entreprises.
Données et coopération, clés d’une logistique plus durable
La seconde table ronde s’est intéressée aux enjeux de coopération et de partage de données dans un contexte transfrontalier. Les intervenants ont souligné un paradoxe : si les données logistiques existent en grande quantité à l’échelle nationale, elles restent souvent insuffisamment précises pour analyser les flux à une échelle territoriale. Une absence de données locales qui complique l’identification de solutions concrètes pour développer le multimodal.
Le partage de ces informations se heurte également à des enjeux de confidentialité. A ce titre, la mise en place de tiers de confiance pourrait permettre de sécuriser l’échange de données tout en garantissant l’anonymat nécessaire pour les entreprises. Les technologies numériques, intelligence artificielle, métadonnées ou jumeaux numériques, ont également été évoquées comme des outils capables d’améliorer la visibilité des flux logistiques. Enfin, les intervenants ont insisté sur le rôle d’acteurs «facilitateurs», capables de structurer les coopérations entre entreprises, gestionnaires d’infrastructures et institutions publiques.
Déployer des initiatives pilotes
En clôture de la matinée, Marie-Lyne Jaminet, gestionnaire du projet EcoLogiX, a présenté une synthèse des échanges. Selon elle, la réussite du projet passera par «une meilleure connaissance des flux logistiques et par l’expérimentation de solutions concrètes sur le territoire transfrontalier». L’objectif est notamment de cartographier les infrastructures, les outils existants et les collaborations déjà en place afin d’identifier les leviers d’action les plus pertinents. «La mise en place d’initiatives pilotes sur des zones ciblées pourrait permettre d’obtenir des résultats rapides, capables de démontrer l’intérêt du multimodal pour les entreprises», a-t-elle souligné.
Au-delà des infrastructures et des technologies, la formation des futurs managers de la logistique apparaît également comme un enjeu stratégique et «l’intégration du multimodal dans les cursus universitaires pourrait contribuer à faire évoluer les pratiques à plus long terme». Faire émerger un écosystème logistique plus coopératif, plus connecté et surtout plus durable entre la France et la Belgique, telle est l’ambition d’EcoLogiX.