Une aventure née d’une frustration. Alors salariée sur un projet d’agencement, Mélanie Glibusic vient vendre une solution logistique, mais comprend très vite que son client a besoin d’une étude d’implantation en amont pour répondre au mieux à ses attentes. Face au refus de son employeur qui ne fait pas de consulting, elle retourne voir l’industriel et lui propose de suivre son dossier et se lance ainsi dans l’aventure entrepreneuriale. C’est l’origine de la création de MG-IB que la jeune professionnelle passionnée par l’organisation, la qualité industrielle et l’optimisation des stocks a créé en 2018, à Épinal, avec l’envie de répondre aux attentes et aux besoins. Au début, elle se concentre sur l’achat-revente de solutions pensées pour accompagner les industriels dans la construction ou la réorganisation d’entrepôts, avec la «capacité de toujours mettre plus de produits dans un espace». Le réseautage et le soutien du territoire ouvrent les yeux de celle qui est incubée au Quai Alpha sur des possibilités jamais imaginées. Si elle vend des étagères comme ses concurrents, sa façon de procéder est différente. Il lui faut alors comprendre sa méthodologie et la création de valeur qu’elle maîtrise parfaitement. Mais comment faire en démarrant avec peu de capital ? C’est là que la première levée de fonds revêt toute son importance pour que la start-up puisse se tourner vers les nouvelles technologies, l’IA, les jumeaux numériques. Avec près de 700 000 euros, elle a la possibilité de compléter son activité autour du métier de consulting et la mise en place de solutions digitales.
Avoir une vision scientifique du métier
Cette étape clef permet au cabinet d’ingénierie de grandir, passant de 300 000 euros de chiffre d’affaires à plus d’un million en moins de huit ans mais aussi de travailler d’une autre façon avec une «vision scientifique du métier». Pour y parvenir, la jeune entrepreneuse se rapproche de deux laboratoires de recherche : l’Université de technologie de Troyes (UTT) et le Centre de recherche en automatique de Nancy (CRAN) pour poser sa méthode et s’appuyer sur des modèles de calculs mathématiques. Des outils testés auprès de gros clients que ce soient les usines Renault, la grande distribution, en passant par la cosmétique et la pharmaceutique, tous confrontés au même casse-tête : comment gagner des mètres carrés ? Trois options sont possibles entre une extension, une construction neuve ou encore une réorganisation, à une époque où la raréfaction et le prix du foncier pèsent de plus en plus dans la balance. «Notre approche est d’avoir plus de produits au mètre carré donc moins de déplacements et davantage de performance. On vient apporter à un modèle économique une logistique structurée», analyse la jeune entrepreneuse. Sensibilisée à la question de la sur-construction, la dirigeante a très vite compris les enjeux, en devançant, dès 2018, les obligations règlementaires et législatives qui font de l’optimisation industrielle un marché XXL. Visionnaire, elle est passée d’une logistique artisanale à une nouvelle ère plus structurée où «l’idée n’est pas juste de mettre des kilomètres de rayonnages mais vraiment de penser des modèles de robotisation. Aujourd’hui, dans un entrepôt, on a à peu près 100 000 produits à gérer en stock. Les combinaisons mathématiques peuvent permettre en moyenne un gain de 40% d’optimisation de l’existant», assure la spécialiste.
Ouvrir la boîte de Pandore
La première levée de fonds a été accompagnée par le recrutement de profils techniques, que ce soient des ingénieurs en génie industriel ou encore des docteurs en informatique IA et en recherche opérationnelle logistique. Pour attirer ces cerveaux dans les Vosges, la dirigeante a mis toutes les chances de son côté en jouant la carte de l’environnement et de la nature mais également de la qualité de vie au travail, en acquérant un bâtiment au profil haussmannien au centre d’Épinal doté d’un beau jardin de 1 500 m2 et d’une terrasse. Une stratégie payante pour celle qui a démarré l’aventure entrepreneuriale seule et qui est actuellement à la tête d’une équipe de quinze personnes. Des profils techniques qui ont contribué à développer l’outil IA, opérationnel après avoir multiplié les tests auprès de trois bêta-testeurs. La jeune pousse regarde vers l’avenir avec une seconde levée de fonds en 2026 et la volonté de déployer d’ici 2027 son logiciel d’optimisation de rangement baptisé T-Tris, utilisé pour l'instant exclusivement en interne, dans le cadre d’un accompagnement de consulting. Demain, l’enjeu sera de le mettre à disposition des clients au niveau national, puis européen au cours des cinq prochaines années. Le but ultime étant de le commercialiser au niveau international. Si le service est apporté aux plus grands groupes, l’autre défi sera aussi de le rendre accessible aux PME qui n’auront plus qu’à payer le logiciel et le prix de l’abonnement. «Notre volonté est de répondre à des vraies problématiques, des enjeux clients. Si ça ne matche pas avec le marché, c’est qu’on n’est pas sur la bonne solution», estime l’experte qui a su révolutionner l’optimisation des flux en faisant rimer ingénierie logistique, digitalisation des espaces et ergonomie industrielle.
«Les combinaisons mathématiques peuvent permettre en moyenne 40% d’optimisation en plus»