Le Salon international de l'agriculture (SIA) a fermé ses portes dimanche à Paris au terme d'une 62e édition sur fond de crise agricole profonde, ternie par une fréquentation en forte baisse, en l'absence de vaches.
Moindre affluence
Sur l'ensemble de l'évènement, le nombre de visiteurs du salon, ouvert samedi 21 février, a baissé de 27,9% par rapport à l'année précédente, selon les chiffres communiqués par l'organisation dimanche soir.
Cette année, l'évènement a rassemblé 437.402 visiteurs, contre 607.000 lors de l'édition précédente, loin du record de 2014 (703.000),
Sur les quatre premiers jours déjà, la fréquentation était en baisse d'environ 25%. Et sur le reste de la semaine, les travées ont paru bien clairsemées, avant de retrouver pour le dernier samedi une affluence plus habituelle avec trois étages de halls gastronomiques régionaux encombrés de familles, seniors et beaucoup de jeunes.
Cette décrue est liée en partie à l'absence de bovins pour cette année, pour cause de dermatose, qui s'ajoute à celle des volailles, depuis 2019 pour cause de grippe aviaire. Beaucoup d'exposants faisaient grise mine, citant aussi la réorganisation des halls due à des travaux.
En revanche les responsables politiques n'ont pas manqué au rendez-vous, à commencer par le président de la République Emmanuel Macron, resté 12 heures le premier jour.
"Ça a été un salon qui n'était pas comme les autres. L'absence des bovins a beaucoup marqué. (...) Quand il manque quelqu'un dans la famille, ce n'est pas comme d'habitude (...). Et ça s'est vraiment ressenti", a reconnu dimanche le président du salon, Jérôme Despey, auprès de l'AFP, assurant que l'an prochain sera "différent" avec un salon qui reviendra "plus fort".
Production à l'ordre du jour, petites fermes sur la sellette
Alors que l'agriculture s'enfonce dans une crise de revenus et voit son excédent commercial se réduire, la ministre (LR) de l'Agriculture Annie Genevard a appelé à relancer "production, réindustrialisation, compétitivité", fustigeant les "apprentis sorciers de la décroissance" et s'interrogeant sur l'avenir des petites fermes.
"Les fermes françaises, globalement de taille intermédiaire, fondées sur un modèle familial, (...) peuvent-elle toujours tenir la cadence face à des exploitations, roumaines, polonaises ou même allemandes ?", s'est-elle interrogée en inaugurant le stand du ministère.
Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, syndicat dominant du secteur, a trouvé "assez courageux qu'on se pose la question".
La Confédération paysanne s'est insurgée contre "un plan social scandaleux".
Par ailleurs, le gouvernement a promis une "loi d'urgence agricole" répondant notamment aux demandes de la FNSEA de "moyens de production" (eau, pesticides).
Le collectif d'ONG Nourrir a dévoilé en réponse avec la Confédération paysanne une "proposition de loi" soutenant la protection de l'environnement et le revenu des paysans.
Où est passée l'agriculture bio ?
Le nombre de producteurs engagés en agriculture biologique a baissé pour la première fois en 2025, selon des estimations de l'Agence Bio publiées pendant le Salon.
Le nombre de fermes en bio (travaillant sans pesticides et engrais de synthèse) est passé à 61.490, soit une baisse de 0,6%, les arrivants ne compensant pas les départs. Or la demande, qui avait chuté en 2022, confirme sa reprise depuis 2024, y compris en grande distribution (hors discount), ce qui pourrait poser un problème d'approvisionnement.
Ce mode de production n'a pas été mentionné dans le cadre des travaux sur la souveraineté alimentaire menés sous l'égide de la ministre Annie Genevard. Celle-ci n'a d'ailleurs pas abordé le sujet environnement dans son discours inaugural.
L'Europe au cœur des revendications
Alors que la nouvelle architecture de la PAC proposée par Bruxelles pour 2028-34 et son budget rencontrent de fortes critiques en France, le commissaire européen à l'Agriculture, le Luxembourgeois Christophe Hansen, a passé toute une journée au salon mercredi à rencontrer syndicats, filières, élus.
Il y est venu avec 40 millions d'euros pour aider la filière viticole à distiller ses surproductions et une suspension d'un an de droits de douane sur les engrais importés.
Mais sur le front européen la semaine s'est terminée par une mauvaise surprise pour les syndicats agricoles français, avec la décision de Bruxelles d'appliquer provisoirement l'accord de libre-échange UE-Mercosur sans attendre l'avis demandé par le Parlement européen à la Cour de justice de l'UE.