Jeudi 2 avril. Maison de l’avocat. 19h15. Le couperet tombe : le vote de la grève totale des avocats pénalistes, civilistes et administratifs du barreau de Lille, contre la loi SURE, jusqu'au lundi 13 avril. Le 13 avril sera d’ailleurs une journée «justice morte», avec des manifestations prévues dans toute la France et une présence forte attendue devant le Sénat, où la loi sera présentée. Un projet de loi qui a, comme mesure phare, la volonté de faciliter le jugement des crimes en ajoutant une procédure simplifiée nommée «plaider coupable».
«Il y va du respect du fonctionnement de la justice»
Comme le précise le site vie-publique, «c’est une extension de la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) déjà appliquée en matière délictuelle, (qui) pourra être engagée lorsqu’un juge d'instruction a ordonné la mise en accusation d'une seule personne devant la cour d'assises ou devant la cour criminelle départementale (CCD) ; que l'accusé reconnaît les faits et leur qualification pénale ; et que la partie civile ne s'y oppose pas». Cela doit permettre un raccourcissement des délais de jugement. «Des mesures inacceptables» pour le bâtonnier de Lille Philippe Simoneau. «On veut raccourcir les délais et juger plus vite, mais dans le même temps, on intègre des délais plus longs. C’est inacceptable». «On ne va plus juger, mais désengorger», ajoute Julien Delarue, avocat pénaliste à Lille.
Aucune concertation avec la profession
Les avocats ne sont pas dupes. Ils savent que le plaider coupable sera mis en place un jour, mais ils refusent qu’il le soit dans ces conditions «sans dialogue» entre la chancellerie et la profession. «Il est vraiment indispensable d'avoir une concertation loyale et approfondie, pour permettre de faire avancer les choses. Je ne comprends pas qu'en 2026, sur des projets comme ça, on n'invite pas les avocats à réfléchir à l'amélioration du fonctionnement de la justice. Pourquoi nous sommes exclus de cette réflexion ? Pourquoi nous sommes exclus de tout ?», enrage le bâtonnier de Lille.
Ce projet de loi souhaite également éviter aux victimes d’avoir à répéter les faits devant des policiers, le juge et en audience, mais la profession considère que cela équivaut à «une justice silencieuse et expéditive», encore une fois pas acceptable et irrespectueuse, comme le souligne Philippe Simoneau. «Il y va du respect du fonctionnement de la justice, du justiciable et de la robe que l’on porte».
«On ne va plus juger, mais désengorger»
Barreau de la ville du ministre de la Justice Gérald Darmanin, Lille se sait attendue au tournant autour de cette réforme, et a donc décidé de prendre exemple sur Bordeaux et Lyon en votant une grève totale jusqu’au 13 avril. Le barreau de Lille veut montrer sa détermination et l’unité de la profession, et entend donc rejoindre Paris le 13 avril. Une manifestation est également prévue à Lille. Ce mouvement fort, s'il ne stoppe pas la réforme, veut amener un dialogue pour mettre en place un travail conjoint entre la profession et le ministère.