Un nouvel homme préside le tribunal de commerce de Soissons en ce début d'année 2026 : Jean-François Javier, entré au TC comme juge en 2017. Avec ce nouveau poste, il a conscience d'avoir à assumer davantage de tâches que lorsqu'il était vice-président. «Selon le code du commerce, le président est le seul qui a le droit de s'exprimer au nom du tribunal auprès de l'ensemble des interlocuteurs et il s'occupe des injonctions de payer et d'un certain nombre d'ordonnances présidentielles, détaille-t-il. Et tout cela bénévolement puisque tous les juges sont bénévoles, il faut le rappeler».
Un homme investi
Rendre service à la société, donner de son temps, s'investir, cela connaît bien Jean-François Javier. Cet ancien responsable du personnel dans la métallurgie en Lorraine ou encore à la sucrerie de Bucy-le-Long, près de Soissons, a longtemps été numéro 2 de l'Union patronale du sud de l'Aisne puis secrétaire général du Medef Aisne. Des postes qui l'ont amené à être par exemple vice-président de l'Assurance maladie de l'Aisne, administrateur aux Assedic, à l'Apec... En retraite depuis 2015, il a donc été sollicité deux ans plus tard pour entrer au TC de Soissons jusqu'à en devenir président.
Aider les entreprises
Jean-François Javier salue l'action de son prédécesseur Arnaud Dameron et souhaite s'inscrire dans une certaine continuité. Lui qui rappelle que «la justice est indispensable dans un Etat de droit», développe les missions, parfois méconnues, du TC dont la première est d'être l'état civil des entreprises, de suivre leur naissance, leur existence et leur mort. «L'autre fonction, c'est d'aider les entreprises dans la mesure du possible et leurs salariés car s'il n'y pas d'entreprise, il n'y a pas de salarié», indique-t-il. Le tribunal mène ainsi des entretiens de prévention afin d'alerter les chefs d'entreprise. «Une entreprise qui va mal met en péril toutes celles qui l'entourent : fournisseurs, clients, sous-traitants... Cela déstabilise tout un écosystème alors il faut voir les signaux d'alerte en amont», rappelle le président.
Le tribunal de commerce a aussi une mission de trancher les contentieux et d'apaiser les tensions entre entrepreneurs. «Des entreprises en litige, cela peut parfois mener loin, il faut trouver une solution pour éteindre ces conflits et nous jugeons, de façon impartiale, avec le droit et aussi avec les pièces qui nous sont transmises», explique le président. Le tribunal peut aussi, et c'est une autre de ses missions, écarter des personnes qu'il ne juge pas capable ou digne d'être chef d'entreprise. «Certaines personnes sont très bonnes dans leur domaine de compétence mais au niveau de la gestion, ils ne savent pas faire, les écarter, c'est un moyen de les préserver, dit Jean-François Javier. Et puis il y a les escrocs, les gens malhonnêtes, le TC peut avoir un rôle de sanction et prononcer des interdiction de gérer des entreprises, pendant plusieurs années».
Le président rappelle que les chefs d'entreprises doivent venir au TC avec confiance puisque celui-ci n'a pas vocation première à les sanctionner mais bien à les protéger et à les aider. Un rôle crucial qui démontre que la justice économique est nécessaire et a toute sa place.
Une situation moins pire que redouté
Malgré la conjoncture défavorable, les entreprises du Soissonnais affichent une certaine résilience. «Nous avions peur d'une forte augmentation des défaillances d'entreprises et aussi d'une baisse des créations d'entreprise, au vu du contexte, ça n'est pas le cas, dit le président. On s'aperçoit qu'on retrouve les niveaux d'avant Covid. Les entreprise naissent, vivent, et meurent, il y a une mortalité normale des entreprises mais la bonne surprise est que les défaillances restent stables et que le nombre de création est en progression».