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Le logement au coeur des problèmes de la vie chère

Pour payer leur logement, Adelino rogne sur les vacances, Léa limite les sorties et les dépenses d'alimentation et Dorothée réduit son chauffage. Des contraintes qui illustrent la cherté de la vie, au...
Publié aujourd'hui à 15h56 - Mis à jour 16h03 - 3 min de lecture
Le logement au coeur des contraintes illustrant la cherté de la vie © Emmanuel DUNAND

Le logement au coeur des contraintes illustrant la cherté de la vie © Emmanuel DUNAND

Pour payer leur logement, Adelino rogne sur les vacances, Léa limite les sorties et les dépenses d'alimentation et Dorothée réduit son chauffage. Des contraintes qui illustrent la cherté de la vie, au cœur de la colère sociale cet automne.

Locataire d'un appartement avec deux chambres dans le sud-est de Paris, Adelino Abraham dit "gagner suffisamment sa vie" pour que le logement ne soit "pas une problématique". 

L'ingénieur en intelligence artificielle de 34 ans consacre tout de même 40% de ses revenus à son logement, où il vit avec sa femme et ses deux filles.

Le logement est le premier poste de dépense des Français. Et parmi les ménages, un sur dix dépense plus de 40% de ses revenus dans son logement (charges et taxes comprises), selon l'Insee.

"Pour pouvoir rester à Paris, on fait moins de vacances, on va plutôt chez les grands-parents où on ne dépense pas trop", relève Adelino Abraham.

Léa, psychologue de l'éducation nationale qui n'a pas souhaité donner son nom, paie 1.080 euros de loyer, soit "la moitié de (son) salaire". Après, il reste "un budget assez serré pour l'alimentation, pas beaucoup de sorties". Elle a aussi renoncé à une seconde consultation d'ostéopathie après s'être bloquée le dos. 

Dorothée Le Gal fait également "attention à chaque dépense". À 42 ans, cette fonctionnaire dans la recherche vit dans un logement "un peu vétuste, humide et très sombre" de 26 m² à Paris. 

Ses conditions de logement "jouent sur le bien-être et le moral", encore plus en hiver quand elle ne chauffe "que le salon et à 19 degrés". 

Dans les manifestations contre la vie chère depuis mi-octobre, les pancartes mentionnant les difficultés liées au logement restent cependant rares.

"On n'a pas assez entendu le problème du logement", regrette Eddie Jacquemart, président de la Confédération nationale du logement (CNL), qui défend les locataires HLM. "Les individus paient d'abord leur loyer et après ils font avec ce qu'il reste", souligne-t-il.

En moyenne, les Français consacrent 16,8 % de leurs revenus à leur logement, mais pour les 25 % de ménages les plus modestes ce taux d'effort monte à 32,1 % en 2024, selon l'Insee. 

Moins chers mais plus loin

Un carton plié en deux sur la tête avec le message "Le seul toit qu'on peut se payer", Lucile a battu le pavé parisien jeudi lors de la mobilisation intersyndicale massive.

Actuellement dans un studio avec son fils de huit ans, en garde alternée, la professeure des écoles de 34 ans, qui n'a pas souhaité donner son patronyme, "cherche désespérément" un appartement avec deux chambres à Paris. Mais avec un budget de 1.300 euros, leur "dossier ne passe nulle part". 

"Le logement est la première dépense contrainte et il y a eu de grosses augmentations des loyers dans les grandes villes, et aussi ailleurs", rappelle Stanislas Hannoun, l'un des porte-parole de l'ONG Oxfam. 

"Avec l'inflation des denrées alimentaires et de l'énergie, les classes moyennes sont de plus en plus en situation de précarité, alors que les multinationales et les grandes fortunes sont plus riches", ajoute-t-il.

Dans ce contexte, les associations de défense des locataires s'inquiètent du gel des aides au logement prévu dans le projet de budget de l'État pour 2027. 

Les prix du logement sont moins mis en avant que le prix des carburants. Ils ont pourtant un lien direct sur la grogne autour des prix de l'énergie, selon Cécile Duflot, directrice générale d'Oxfam France. 

"La hausse des prix des logements a éloigné les personnes du lieu de travail et les a rendues dépendantes des transports et donc plus dépendantes du carburant", assure l'ancienne ministre écologiste. 

Chez Safran, fleuron industriel et technologique français coté au CAC40, Stéphane Fabe, délégué syndical central CFDT, a vu "des collègues prendre des logements moins chers et plus loin, pendant le Covid et grâce au télétravail". 

"Mais aujourd'hui ils doivent choisir entre remplir le frigo ou remplir la voiture et certains se mettent en arrêt maladie pour ne pas devoir venir au travail en voiture", affirme le salarié de 56 ans.