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Le Medef se positionne dans la campagne électorale présidentielle

Le Medef entend peser dans le débat avant l’élection présidentielle. Son président, Patrick Martin, précise sa position vis-à-vis du monde politique : pas de proximité particulière avec le RN, une attente de clarification des positions des différents partis.


© Anne Daubree

© Anne Daubree

 « Nous sommes dans une situation dont nous nous passerions bien. Nous ne sommes pas supposés faire de la politique, à proprement parler », déclarait Patrick Martin, président du Medef, Mouvement des entreprises de France, lors d'une conférence de presse, le 15 avril, à Paris. L'événement était consacré à la « présentation des initiatives du Medef en vue de la présidentielle 2027 ». Cette initiative devance celle des autres syndicats patronaux. Elle intervient très en amont de l'échéance électorale, dans un contexte politique encore extrêmement flou : la liste des candidats n'est pas encore connue, leurs programmes encore moins. Mais selon Patrick Martin, la situation impose au Medef de s'engager. « Les chefs d'entreprises se lèvent tous les matins en disant, quoi que je fasse, mon quotidien de citoyen, d'entrepreneur, est impacté par des décisions publiques, vu qu'il y a 57% de dépenses publiques », explique-t-il. Or, « économie et entreprises ne sont pas assez prises en compte dans le débat public » et donc, dans les décisions en matière de politique publique, poursuit Patrick Martin. D'où la volonté d'imposer le Medef comme un acteur de poids dans les débats des mois à venir.

A ce titre, le syndicat a lancé une « grande consultation nationale » auprès de tous les dirigeants d'entreprises (à partir de un salarié), accessible en ligne jusqu'à la mi-juillet. Parmi les questions posées figurent les difficultés majeures rencontrées, le plus ou moins grand optimisme par rapport à la politique du futur chef de l'Etat et aussi, les moyens que ces chefs d'entreprises seraient prêts à employer si l'Elysée prenait des mesures « trop défavorables » pour leur activité (pétition, refus de régler des échéances fiscales, participation à des actions « plus fortes »).

« Nous sommes toujours soucieux de légitimer notre prise de position en prenant le pouls de la base », a précisé Patrick Martin. Le président du Medef a promis de prendre la parole et restituer les résultats de cette consultation fin août, lors de la REF, le grand rendez-vous annuel du syndicat patronal. Des forums régionaux seront organisés à partir de l'automne, en vue des législatives. « Il faut être en proximité. Depuis quelques mois, nous sommes bien montés en puissance avec les dispositifs mis en place avec les élections municipales », a expliqué Patrick Martin. Puis, à la publication des propositions du Medef début 2027, succédera l'« audition des candidats », comme lors des précédentes élections présidentielles.

Le RN et « la grande confusion »

Au delà de la présentation des « initiatives » du Medef, la conférence de presse a été aussi l'occasion pour Patrick Martin de clarifier la position du syndicat patronal vis à vis du monde politique en général, et du RN en particulier. « Je veux crever cette baudruche selon laquelle le patronat aurait massivement pris parti pour le RN : je vous le dis les yeux dans les yeux, c’est faux », a déclaré Patrick Martin. Quinze ans plus tôt, Laurence Parisot, alors présidente du Medef, qualifiait le Front National, l'ancêtre du RN de « danger pour le pays ». Elle évoquait un parti qui était à l'époque incapable d' accéder à l'Elysée, contrairement au RN actuel. Patrick Martin s'est référé à une logique légaliste. « Peut-on exclure le Rassemblement National de nos contacts politiques ? Evidemment non, parce que c'est une formation qui pèse lourd au Parlement (…). Nous parlons à toutes les formations politiques légalement reconnues », a-t-il déclaré. C'est dans cette logique que le bureau du Medef a prévu de recevoir, ce 20 avril, le président du RN, Jordan Bardella.

Patrick Martin a précisé que les représentants de nombreux autres partis avaient déjà été reçus, le seraient bientôt ou ont été en tout cas invités : Edouard Philippe (Horizons), Marine Tondelier (Les Ecologistes), Olivier Faure( PS), Fabien Roussel (PC), Manuel Bompard (LFI), ... « Il n'y a pas une sensibilité LFI exacerbée », au Medef, a néanmoins reconnu Patrick Martin. Mais pour le président du Medef, l'enjeu est de « voir dans quelle mesure ces candidats et candidates prennent en compte nos points de vue et les traduisent dans des propositions les plus engageantes possibles. C'est sur cette base là que les entrepreneurs, que le Medef lui même détermineront leurs options politiques ». Mais pour l'instant, a poursuivi Patrick Martin, « bien malin qui peut dire quel est le programme de qui ». Le président du Medef déplore la « grande confusion » qui règne dans la sphère politique, avec, chez certains parlementaires, des votes qui « ne paraissent pas aller dans le sens de leurs convictions », qu'il s'agisse de la loi sur les retraites ou encore, sur le 1er mai...