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Conjoncture

Dans le brouillard des prévisions économiques pour 2026

La France devrait connaître une croissance de 0,9% en 2026, selon le FMI et Bercy. Une ultérieure aggravation de la situation au Moyen-Orient rendrait caduque cette prévision. Mais attention aussi au risque de la tentation de la dépense publique, prévient Sylvain Bersinger, économiste.


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Dans le brouillard. Plusieurs organismes ont publié- ou révisé- leurs prévisions de croissance dans le monde et en France, depuis le début du mois. La croissance française devrait résister et atteindre 0,8 % du PIB en 2026 avec une inflation de 1,8% estime l'OFCE, Observatoire français des conjonctures économiques, qui a publié ses prévisions le 8 avril. Cette évaluation est basée sur le scénario d'un choc pétrolier marqué, mais temporaire. D'autres institutions tablent sur une croissance française légèrement plus soutenue ( 0,9%). C'est le cas du FMI, Fonds monétaire international, de la Banque de France et de Bercy. D'après le quotidien Les Échos du 14 avril, le ministère de l’Économie a abaissé sa prévision de croissance (1% auparavant ), l'alignant sur celle du FMI, et augmenté celle de l'inflation, passant de 1,3 % à 1,9%. Ce, sur la base d'un prix du pétrole qui se situerait autour de 100 dollars le baril de Brent, jusqu'à fin mai.

Lors d'une conférence privée en ligne, le 14 avril, Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet d'études Bersingeco, souligne le caractère mouvant du contexte, mais estime lui aussi que « la croissance française devrait résister en 2026 ». A date, analyse l'économiste, la situation relève d'un « mini choc pétrolier. Le prix du pétrole a beaucoup augmenté, mais il est parti d'un niveau assez bas ». En comparaison, la situation reste donc moins difficile qu'en 2022, lors du choc énergétique né du conflit russo-ukrainien, et à fortiori, des chocs pétroliers de 1973 et 1979.

« Eviter les mesures coûteuses et généralisées »

Entre un « scénario noir », avec le prix du baril qui grimperait à 200 dollars, et les prévisions du FMI qu'il juge « optimistes », Sylvain Bersinger envisage une « hypothèse moyenne », avec un baril à 110 dollars sur l'année. Le taux de croissance en France se limiterait à 0,6%, (contre 0,9%, selon le FMI). L'inflation atteindrait un taux de 3,1%, un niveau élevé mais très inférieur à celui de 2022 ( 5,2%). « Il s'agit d'un scenario négatif, mais ce n'est pas un scénario de récession », commente Sylvain Bersinger. Point positif, le fait que le choc soit moins rude que dans les années 1970, indique que la dépendance de la France au pétrole s'est considérablement réduite depuis cette époque. Néanmoins, « cela donne un signal prix à accélérer sur la décarbonation et le développement de technologies alternatives », prévient l'économiste. Lequel souligne un « point de vigilance » : les États subissent des pressions pour venir au secours des individus ou des entreprises touchées par la crise, dans un contexte de finances publiques dégradées et de forte augmentation des taux souverains. Un mélange délétère. « il faut éviter les mesures coûteuses et généralisées et se concentrer sur des aides ciblées sur les entreprises ou les individus les plus touchés », préconise l'économiste. Le 13 avril, le gouvernement transmettait un projet de décret relatif à l'instauration d'un plafonnement des marges de distribution de carburant au Conseil national de la consommation. Cette consultation est obligatoire, préalable à la signature d'un décret. « Le gouvernement n'a toutefois pas pris la décision d’adopter ce décret à ce stade », précisait Bercy.