En bref

Le parquet de Paris demande que l'avocat Juan Branco soit jugé pour viol

Le parquet de Paris a requis le renvoi en procès de Juan Branco pour le viol en 2021 d'une étudiante de 20 ans, estimant suffisantes les charges à l'encontre de l'avocat, qui conteste les...
L'avocat Juan Branco, lors d'une conférence de presse, le 22 juin 2023 à Paris © Stefano RELLANDINI

L'avocat Juan Branco, lors d'une conférence de presse, le 22 juin 2023 à Paris © Stefano RELLANDINI

Le parquet de Paris a requis le renvoi en procès de Juan Branco pour le viol en 2021 d'une étudiante de 20 ans, estimant suffisantes les charges à l'encontre de l'avocat, qui conteste les faits et remet en cause la procédure.

Dans son réquisitoire définitif rendu le 6 août, dont l'AFP a eu connaissance, le ministère public demande, après cinq ans d'instruction, que l'avocat de 37 ans soit renvoyé devant une cour criminelle départementale pour un viol commis sur une jeune femme, Marie (le prénom de cette plaignante et celui des autres ont été modifiés), au printemps 2021.

Il réclame un non-lieu pour d'autres faits d'agression sexuelle et de viol sur deux autres femmes, Charly et Joséphine, pour lesquels l'avocat est également poursuivi.

Au cours de l'instruction, Juan Branco a contesté les faits qui lui étaient reprochés.

La décision du parquet, révélée par Libération et Le Parisien, "est un immense soulagement pour notre cliente, après cinq années d'une procédure judiciaire harassante", ont réagi auprès de l'AFP Mes Nicolas Paganelli et Charlie-Elie Martin, les avocats de Marie.

"Nous espérons très sincèrement qu'elle mettra un terme au comportement de toute puissance complètement hors de contrôle du mis en examen", même si le juge d'instruction doit encore se prononcer sur la tenue d'un procès, ont-ils ajouté.

Leur cliente, alors étudiante en sciences politiques âgée de 20 ans, était allée voir la police après une nuit passée au domicile de Juan Branco, expliquant qu'il lui avait fait consommer un médicament à base d'opium, puis l'avait forcée à un rapport sexuel sans son consentement, alors qu'ils regardaient un film sur son lit.

Le parquet a noté ses déclarations "constantes" malgré "les différentes pressions subies" par l'intermédiaire des réseaux sociaux de Juan Branco.

Il note également la "vulnérabilité" de Marie par rapport à un homme qu'elle admirait à l'époque. Juan Branco a profité d'un "contexte d'intimidation et d'épuisement forcé" de sa victime "malgré ses multiples refus", ainsi que de "l'état de choc et de sidération dans lesquels elle s'est retrouvée", analyse le parquet.

Demandes de non-lieu

De son côté, Juan Branco, qui a nié tout viol pendant l'instruction, dénonce un réquisitoire qui aurait été signé "après cinq ans de frénétiques recherches d'autres plaignantes demeurées vaines, afin de sauver un dossier vide", dans un communiqué transmis par l'intermédiaire de son avocat, Me Luc Brossollet.

Connu pour son pamphlet anti-Emmanuel Macron "Crépuscule" (2018), l'ancien élève de l'Ecole alsacienne et fils du producteur de cinéma Paulo Branco met également en cause nommément le procureur qui a demandé son renvoi.

Il accuse aussi le parquet d'avoir pratiqué de la "rétention" en tardant à rendre ses réquisitions, "à neuf mois de la présidentielle".

Sollicité par l'AFP sur ces déclarations, le parquet de Paris n'a pas donné suite dans l'immédiat.

Le comportement de Juan Branco pendant l'instruction lui a valu, en octobre 2025, une suspension de neuf mois du barreau, notamment pour avoir publié sur internet des procès-verbaux d'auditions de plusieurs femmes ou d'extraits de la procédure.

Il peut aujourd'hui à nouveau exercer, mais attend une décision disciplinaire dans une autre procédure contre lui, pour laquelle 18 mois de suspension ont été demandés, a précisé une source proche du dossier.

Dans ses réquisitions, le ministère public demande par ailleurs à ce que Juan Branco bénéficie de deux non-lieux.

Le premier concerne Charly : "sans remettre en cause la souffrance exprimée" par la plaignante, le parquet estime que les circonstances des faits dénoncés (un viol sous l'effet de l'emprise et de la sidération en 2017, NDLR) ne sont pas suffisamment corroborés par des éléments objectifs (...) notamment au regard de leur ancienneté et de leur dénonciation tardive".

Concernant Joséphine, qui dénonce une agression sexuelle, "le doute devra profiter au mis en examen", l'enquête n'ayant pas permis de réunir suffisamment d'éléments, ajoute-t-il.

Des demandes accueillies avec "consternation et colère" par leur avocate, Me Fanny Vial.

"Tous les éléments matériels n'ont pas été considérés et (...) le réquisitoire comporte des éléments erronés ou tronqués. Le manque de sérieux est flagrant et préjudiciable pour toutes les parties", dénonce l'avocate. "Il questionne aussi en ce qu'il renvoie en termes d'image de la justice et des attentes légitimes de notre société dans le traitement des violences sexuelles faites aux femmes".