Dossier
Economie

Les jeunes à l'honneur dans les métiers d'art

Une valise de plumes, un cabinet à liqueurs éco-responsable... Les prix Avenir Métiers d'art distinguent de tout jeunes artisans d'art, encore en formation. Une manière d'attirer de nouveaux talents dans le secteur. 

© Anne Daubrée

© Anne Daubrée

Une plumassière, un ébéniste, une vitrailliste... Les dix lauréats ont moins de 26 ans et ils ont tous les yeux qui brillent. Le 10 février, à Paris, au Grand Palais, se tenait la remise des prix Avenir Métiers d'art. Chaque année, depuis 2002, ces prix distinguent des jeunes en formation qui ont choisi d'exercer un métier d'art, sur la base d'une réalisation qui leur a demandé jusqu'à plus de 100 heures de travail, un savoir-faire d'excellence, de la créativité.

Cette année : un vitrail Art nouveau intégrant un système lumineux, une enceinte acoustique en chêne des marais et ébène blanc, un cabinet à liqueurs écoresponsable utilisant des résidus agricoles...« Derrière chaque objet, il y a une voix, une histoire, une présence. Les dix lauréats 2025 ne façonnent pas seulement la matière. Ils s’y racontent, insufflant à leur métier une part d’intime », a rappelé Luc Lesénécal, président de l'Institut pour les savoir-faire français, association engagée pour cette cause et organisatrice de l'événement. Ce dernier est destiné à encourager les vocations, enjeu majeur pour l'avenir de ce secteur.

D'après les études de l'Institut, certaines tendances sont encourageantes : les métiers d'art bénéficient d'une bonne image au sein de la population, et 48% des moins de 26 ans déclarent qu'ils seraient intéressés par ces métiers comme voie professionnelle. Mais les freins sont nombreux. 43% seulement des 16-17 ans considèrent que ces professions permettent de trouver facilement des débouchés d’emplois. Et parmi les jeunes qui déclarent ne pas être intéressés, 22% avancent la crainte d'une rémunération insuffisante. Et 48% voient ces métiers comme inaccessibles, requérant un talent particulier (dont ils seraient dépourvus).

La voie étroite de la passion

Si Lola Canot s'est un jour posée la question de son talent, elle a obtenu réponse en remportant le premier prix (pour la catégorie CAP) avec son projet « Iter » : une malle composée de bois, cuir, alcantara et surtout, de plumes, symboles du voyage et de la liberté. L'ouvrage a nécessité plus de 200 heures de travail. Lors de la cérémonie, invitée à s'exprimer sur son parcours, Lola Canot explique avoir tout simplement suivi sa passion pour la plume, une passion qui remonte à loin. « Depuis l'enfance, j'ai toujours été passionnée par les oiseaux. Ils sont un symbole de liberté. Nous sommes des êtres de terre, nous n'avons pas la capacité de voler », confie la jeune fille. Elle aime travailler la plume, cette matière « belle » et « très technique ». Aujourd'hui, Lola Canot est en CAP en plumasserie – le seul en France- au lycée Octave Feuillet, à Paris.

Au delà du parcours très inspirant de la jeune fille, Frédéric Manberti, proviseur de l'établissement, explique que la voie est étroite entre la nécessité de faire connaître cette discipline méconnue et celle de rendre compte de la réalité du métier. « Personne ne se dit : je suis en troisième, je vais être plumassier. Il faut aller à la rencontre des jeunes dans les salons », explique-t-il. Dans le même temps, « il ne faut pas leurrer les gens. Il ne s'agit pas d'un loisir créatif. Cela demande une grande rigueur », met en garde le proviseur. En plus de l'apprentissage patient et de la rigueur que demande tout métier d'art, la plumasserie doit intégrer une contrainte supplémentaire : le commerce en plume étant extrêmement réglementé, la matière est rare et chère...