Attention aux apparences ! Les chiffres de la création d’entreprises sont en explosion constante et bon nombre d’acteurs publics se gargarisent de la vitalité de l’entrepreneuriat dans le pays.
Reste que les moteurs de la création d’entreprise demeurent les micro-entreprises qui représentent plus de 60% des nouvelles entreprises créées.
En France, leur nombre a tout simplement triplé en dix ans pour atteindre les quelque deux millions. C’est une certitude, les statistiques sont bonnes (voire excellentes) mais cette tendance haussière interroge, voire, inquiète.
«Une chose apparaît certaine, les chiffres sont exponentiels et ils vont continuer à augmenter. Depuis deux ans, le pouvoir d’achat diminue en valeur absolue. La grande majorité des micro-entreprises créées le sont pour compenser financièrement cette perte de pouvoir d’achat.»
Un constat établi par bon nombre d’observateurs du secteur. Le terme «entrepreneuriat de contrainte» apparu il y a quelques années semble n’avoir jamais été autant d’actualité.
Pour bon nombre, le recours à l’entrepreneuriat est le seul moyen pour avoir une activité rémunératrice. Dans l’ensemble, les micro-entrepreneurs exerçant leur activité à titre principal perçoivent des revenus très faibles et disposent d’une protection sociale limitée.
D’après le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) et de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) publié en septembre, le revenu médian dépasse la moitié du Smic..
Domination statistique
«Les chiffres de la création sont faussés avec cette domination statistique des micro-entreprises. Et ces chiffres ne vont cesser d’augmenter», s'inquiète un universitaire-chercheur lorrain.
«Les gens deviennent entrepreneurs par nécessité ! Ils se retrouvent sur le marché avec une idée, un service mais pas forcément une réflexion pure.»
Un genre d’entrepreneuriat consumériste ! Au départ, quand le statut d’auto-entrepreneur (désigné par la suite également «micro-entrepreneur») a été créé, (effectif depuis le 1er janvier 2009 : NDLR), il était conçu comme un mode transitoire afin de tester une activité ou une idée sans prendre de risques (ou peu).
Un tremplin en somme qui s’est imposé comme un véritable cheval de Troie de l’entrepreneuriat. Quinze ans plus tard, son utilisation est tout autre.
«Dans le volume présent des projets portés par les micro-entrepreneurs, très peu sont réellement robustes», assure l’universitaire-chercheur lorrain. À peine 30% des micro-entreprises créées sont encore en activité au bout de cinq ans (source : Insee).
«C’est toute la notion même d’entrepreneuriat qui est interrogée aujourd’hui», assure un professionnel de l’accompagnement.
L’entrepreneuriat apparaît aujourd’hui tout simplement consommé et les différents dispositifs d’aides existants (à tous les niveaux) viennent alimenter cette tendance.
«C’est simple : quand les porteurs de projets viennent nous voir, la première question qu’ils posent, c’est de savoir quelles sont les aides qu’ils peuvent obtenir. Cela vient bien avant le détail même du projet», assure un responsable d’une pépinière d’entreprises.
Initialement conçue pour faciliter l’entrée dans l’entrepreneuriat, la micro-entreprise est devenue, dans les faits, un cadre durable d’activités économiquement fragiles. Pas vraiment rassurant...