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Mobilité

Les transports publics impactés par le vieillissement démographique

  La baisse de la natalité et le vieillissement de la population, mis en évidence par l’Insee en janvier, bouleversent les perspectives économiques dans le secteur des transports, comme l’a montré un débat organisé par le centre de recherches TDIE, à un mois et demi des élections municipales.

© Olivier RAZEMON .

© Olivier RAZEMON .

Si l’« on peut encore se présenter à une élection présidentielle sans parler de vieillissement, comme ce fut le cas en 2022, on ne peut plus être élu maire sans évoquer ce sujet. Dans les conseils municipaux, les élus référents aux personnes âgées sont de plus en plus nombreux », constate Mathieu Alapetite, directeur général de France Silver economie, la filière des acteurs qui contribuent à l’adaptation de la société au vieillissement.

Dans les réunions publiques qui précèdent les municipales des 15 et 22 mars prochains, les électeurs âgés se focalisent souvent sur l’état des trottoirs, « les racines qui dépassent » et la cohabitation entre vélos, trottinettes électriques et piétons. De nombreuses villes ont ainsi interdit la circulation des trottinettes dans les rues piétonnes. Certes, « avec la multiplication des modes, il faut ériger des zones sacralisées pour les plus fragiles », explique Mathieu Alapetite, s’exprimant lors du débat annuel organisé par le centre de recherches TDIE, le 28 janvier.

Mais l’impact sur la mobilité du vieillissement français, que confirment les statistiques démographiques révélées en janvier par l’Insee , ne se limite pas à ces agacements du quotidien. Lorsqu’on vieillit, précise le spécialiste, on traverse trois phases successives : « l’autonomie, l’apparition de fragilités et enfin la dépendance ». Or, constate-t-il, « la période où apparaissent les fragilités est niée par les seniors », qui ne se préparent pas à la phase suivante, tout en manifestant une forte intention de vieillir à domicile. Un jour, un accident de la vie les précipite brutalement dans l’âge de la dépendance. Pour le dire autrement, « tout va bien jusqu’au jour où rien ne va plus », résume le spécialiste.

En matière de déplacements, cette évolution se traduit ainsi : « on passe en très peu de temps d’une voiture par adulte au transport accompagné ». Les collectivités proposent des services de « transport à la demande », des minibus avec chauffeur commandés spécialement pour chaque trajet. En France, la baisse des capacités cognitives des conducteurs avec l’âge « ne fait pas débat », regrette François Philizot, président du conseil d’orientation de l’Observatoire des territoires. Au Royaume-Uni ou au Portugal, une visite médicale obligatoire est nécessaire pour continuer à conduire au-delà d’un certain âge. Or, plutôt que de redouter le moment où l’on ne pourra plus conduire, Mathieu Alapetite conseille de tester d’autres modes, la marche, le vélo ou les transports publics.

Les modèles italien et allemand fragilisés

Les opérateurs de transports ont toutes les raisons de s’inquiéter pour la pérennité de leur clientèle, si l’on se fie aux pays voisins, touchés depuis plus longtemps que la France par une baisse de la natalité. L’Italie connaît, depuis le début du millénaire, « une glaciation démographique », rappelle Cristina Pronello, professeure à l’Université polytechnique de Turin. En 2044, le pays pourrait ne compter que 56 millions d’habitants, contre 58,5 millions en 2024.

La chercheuse a calculé qu’entre 2024 et 2044, le volume total de déplacements quotidiens effectués par des jeunes de 15 à 19 ans doit baisser de 28%, tout simplement parce qu’il seront moins nombreux. A l’inverse, le volume des déplacements effectués par des personnes âgées de 65 à 75 ans doit progresser de 22% et ceux des 75-84 ans de 39%. Or, si les jeunes utilisent beaucoup les transports publics, les plus âgés prennent plus facilement leur voiture. Logiquement, selon Cristina Pronello, la fréquentation des transports publics, déjà affectée par les répercussions de la pandémie et l’inflation, va continuer à baisser.

Dans le même temps, contrairement à ce qu’il se passe en France où les élus, en cette fin de mandat municipal, inaugurent de nouvelles lignes, l’offre de transports publics stagne en Italie. « La réalisation de réseaux ferroviaires et urbains est à l’arrêt depuis 2015, sauf pour quelques courtes sections », rapporte Cristina Pronello.

L’Allemagne est elle aussi confrontée au vieillissement, observe la géographe Barbara Lenz. En 2024, 23% de la population est âgée de plus de 65 ans, soit 19 millions de personnes, dont 3 millions ont plus de 85 ans. Mais les plus âgés ne représentent que 7% des passagers des transports publics, une proportion qui stagne depuis 20 ans, alors même que la part des seniors dans la population ne fait que croître. Selon une enquête portant sur la mobilité en Allemagne publiée en 2023, l’usage des transports publics ne dépasse pas 8% parmi les trentenaires, au même niveau que les personnes de 75 à 79 ans. Pour le dire autrement, ce sont les jeunes qui, comme en Italie, constituent l’essentiel des clients des métros, tramways et bus. Et quand on vieillit, « on se déplace moins en voiture, mais davantage à pied », constate Barbara Lenz. A terme, le vieillissement risque donc de fragiliser le modèle des transports publics.