Portrait

Lincet investit 25 millions d’euros entre tradition fromagère et modernisation

La Fromagerie Lincet transforme son site de Côte-d’Or avec un investissement de 25 millions d’euros. Nouvelle ligne de Brillat-Savarin, robotisation, réutilisation de l’eau et parcours ouvert au public doivent accompagner la croissance de cette entreprise familiale.

Six générations et toujours la même famille aux commandes. Codirigée par Grégoire Lincet et sa sœur, la Fromagerie Lincet déploie un programme de 30 millions d’euros d’investissements sur trois à quatre ans. Spécialiste des fromages de Bourgogne et de Champagne, Lincet produit notamment l’Époisses AOP, le Chaource AOP, le Brillat-Savarin IGP et le Soumaintrain IGP, mais aussi le Délice de Bourgogne, le Saint-Florentin ou encore le Fromage de Troyes. «Les AOP et IGP représentent les deux tiers des ventes», selon Grégoire Lincet.

À Brochon, sur le site de l’ancienne Fromagerie Gaugry acquise en 2012, quelque 25 millions sont consacrés à un chantier engagé en mars 2025 et attendu pour juin 2027. Sa pièce maîtresse : une nouvelle ligne de Brillat-Savarin qui portera la capacité du site de 400 à 1 600 tonnes. «On se développe, donc on a besoin d’augmenter nos capacités de production», explique Grégoire Lincet. L’entreprise, qui emploie 210 salariés sur trois sites, prévoit 15 emplois directs avec cette nouvelle ligne. Pour financer ses équipements, elle a déposé deux dossiers auprès du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) : une première subvention de 600 000 euros a été validée pour les équipements de traitement du lait et une seconde, également de 600 000 euros, reste en cours d’instruction pour la ligne de fabrication. Lincet vise plus de 6 000 tonnes de fromages et 65 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’horizon 2032.

De la production à la découverte du savoir-faire

L’investissement déborde des seuls ateliers. Le site accueillera également un parcours destiné au public, immersif et interactif, comprenant un magasin, une salle de dégustation et une galerie permettant d’observer la fabrication. À l’étage, une salle privatisable avec vue sur les vignes complétera le dispositif. Baptisé «La Laiterie de la Côte», du nom historique porté par la Fromagerie Gaugry de 1946 à 2004, ce nouvel espace doit mettre en valeur les fromages mais aussi les producteurs de lait, les salariés et les territoires de Bourgogne et de Champagne. «On va tout montrer, il n’y a rien à cacher, et on est très fiers de pouvoir moderniser notre process sans altérer la qualité du produit», souligne Grégoire Lincet.

Cette modernisation comporte également un important volet environnemental. Un million d’euros supplémentaire est consacré à des lagunes permettant de récupérer les eaux de nettoyage. Stockées dans un bassin de 25 000 m³, elles doivent irriguer une centaine d’hectares exploités par deux agriculteurs bio voisins, avec à la clé une économie estimée entre 30 000 et 40 000 euros d’engrais par an. Robotiser, économiser les ressources et ouvrir les coulisses de la production : Lincet entend ainsi grandir sans renoncer à son modèle familial et territorial.