«Qu’y a-t-il de si compliqué à comprendre dans le mot stabilité ?» Pour sa première cérémonie des vœux en tant que président du Medef de l'Oise, Philippe Morin a porté un discours syndical, sans fioritures, devant un parterre acquis à sa cause, le 30 janvier à Beauvais. Évoquant un pays confronté à «un déficit record et une dette abyssale laissée aux générations futures», il a fustigé les promesses non tenues, citant notamment la suppression sans cesse reportée de la CVAE, ou la reconduction de la taxe exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises. «L’entreprise ne peut être adulée un jour et mise à mal le lendemain», a-t-il insisté, refusant que les entreprises deviennent «la variable d’ajustement d’un État aujourd’hui trop dispendieux».
Surrèglementation, incertitude et colère sourde
Au-delà de la fiscalité, le Medef de l'Oise pointe l’empilement des normes françaises, souvent plus contraignantes que celles de l’Union européenne. «Pourquoi devons-nous supporter un amoncellement de doctrines toutes plus restrictives les unes que les autres ?», a lancé Philippe Morin, plaidant pour un alignement permettant de «lutter à égalité de traitement sur le volet économique». Reprenant les propositions nationales du Medef, il a rappelé la nécessité de revoir les aides publiques pour mieux les cibler, en contrepartie d’une baisse des charges sur le travail, afin que «le travail en France ne soit pas le plus taxé au monde».
Une rhétorique bien ficelée ? Peut-être, mais Thierry Baschet, président de l’UIMM Picardie a confirmé le malaise du terrain. «Il ressort deux choses majeures : l’incertitude, et puis, plus rare encore, beaucoup de colère», a-t-il confié. Une colère née du sentiment que l’État «ne prend pas à bras-le-corps la situation» vécue par les chefs d’entreprise. Si l’activité tient encore, «on voit moins de formation, moins d’embauches, beaucoup de retenue dans les investissements», a-t-il alerté, évoquant des écarts d’activité inédits selon les secteurs.
Un système à bout de souffle ?
Bref, «vous en avez gros sur la patate», a résumé, dans son style habituel, Xavier Bertrand, président de la Région Hauts-de-France. Il a tout de même présenté des signes positifs, propres à la région, comme les grands projets en cours, structurants du territoire : canal Seine-Nord Europe, barreau Roissy-Picardie, data centers dédiés à l’intelligence artificielle… Et il a aussi rappelé, son refus d’instaurer le versement mobilité : «Ce sont 70 à 80 millions d'euros de recettes en moins. Mais tant que je serai à la tête de cette région, cet impôt ne sera pas mis en place», a-t-il affirmé, quitte à «baisser les dépenses».
Le préfet de l’Oise, Jean-Marie Caillaud, a pour sa part tenu un discours d'apaisement, rappelant que «le débat politique n'est pas l'action de l'État». Il a rappelé que, depuis 2017, «60 projets ont été soutenus dans l’Oise pour près de 100 millions d’euros». «Je suis là pour vous faciliter la vie, c’est mon job», a-t-il assuré. À ce sujet, il a évoqué l’accompagnement des entreprises à chaque étape et la possibilité de dérogations administratives pour simplifier les projets. Reste à savoir si au-delà de la volonté affichée, instabilité et incertitudes sur l'avenir seront enfin levées. «Nous partageons tous le constat d'une nécessaire transformation d'un système à bout de souffle, a clamé Philippe Morin. Mais cela ne peut pas être supporté que par une seule catégorie de la population».
Pour Aletheia Press, Benoit Delabre