Pour ménager les corps et limiter les risques d'incendie, ils moissonnent tôt le matin et le soir jusquà la nuit tombée : dans la plaine céréalière d'Aunis, près de La Rochelle, les agriculteurs adaptent leurs horaires à la canicule, qui met aussi les machines à rude épreuve. Mercredi matin, à 09h30, Vincent Penon peste contre sa moissonneuse-batteuse tombée en panne, comme son enrouleur d'irrigation, en plein pic de la moisson, très précoce, comme depuis plusieurs années avec le dérèglement climatique.
"Quand il fait plus de 40 degrés, les machines n'aiment pas ça", commente, outil en main, Stéphane Baron, céréalier voisin, qui a acheté la moissonneuse avec Vincent Penon et sa femme Muriel, couple de quinquagénaires installé à Virson, en Charente-Maritime, placée en vigilance rouge canicule depuis dimanche. "La chaleur perturbe l'électronique", ajoute Muriel Penon, qui élève des vaches limousines et produit des grandes cultures (blé, orge, maïs, etc.).
Comme beaucoup, les trois céréaliers sont contraints de moissonner la nuit. "Avec mon mari, ce n'est pas trop dans nos habitudes. On n'est pas très couche-tard mais on est bien obligés de s'adapter, car il faut faire les récoltes. Lundi soir, on a terminé à 2 heures", témoigne Muriel Penon. Malgré les éclairages présents sur les machines, "on voit moins bien", assure la professionnelle.
Recrutement compliqué
Sur le territoire, les canicules reviennent plus fréquemment : 2003, 2019, 2022, et désormais 2026. "Plus on avance, plus les années se rapprochent", relève-t-elle. Et avec "les moissons de plus en plus tôt", "c'est compliqué pour le recrutement" dans les silos, "car les jeunes sont actuellement en pleine période d'examens", dit Muriel Penon. Pour s'adapter au changement climatique, Elle et son mari "plantent des haies", "en réfléchissant intelligemment à leur réimplantation", mettent en place des "couverts végétaux entre deux cultures" et étudient d'autres solutions."On s'est posés la question de faire du lin, qui demande moins d'eau, et aussi du miscanthus. Mais il faut trouver les débouchés", conclut-elle.