Interview
Agriculture

«Nous nous retrouvons face au mur»

Quelques jours après la fin du congrès national de l’Association générale de producteurs de blé et autres céréales (AGPB) qui s’est réuni à Nancy fin mai, rencontre avec Jean-Guillaume Hannequin, céréalier et producteur en grandes cultures installé dans la Meuse, à Esnes-en-Argonne.

© Alexandra Marquet. «Nous avons dressé un état des lieux extrêmement compliqué», s'alarme Jean-Guillaume Hannequin.

© Alexandra Marquet. «Nous avons dressé un état des lieux extrêmement compliqué», s'alarme Jean-Guillaume Hannequin.

Les Tablettes Lorraines : Alors que le congrès national vient de se clôturer, quelle est la situation de la filière céréalière ?

Jean-Guillaume Hannequin : Nous avons dressé un état des lieux extrêmement compliqué, voire catastrophique avec des charges qui ne cessent d’évoluer à la hausse pour un marché qui n’est pas porteur en raison des stocks mondiaux. Nous sommes sur trois années déficitaires pour les fermes céréalières, sachant que dans des régions comme la nôtre, ce résultat négatif est encore plus amplifié puisque le poids du blé est extrêmement important. Aucune entreprise ne peut être pérenne dans ce contexte même si le monde agricole est réputé résilient et capable de faire face à un tas de difficultés. Je pense que nous sommes arrivés au bout du chemin et que nous nous retrouvons face au mur. Aujourd’hui les charges sont tellement élevées, qu’un céréalier, s’il réfléchit bien, ne va pas semer du blé parce que c’est trop risqué. C’est tout l’enjeu actuel alors que les gouvernements successifs nous parlent de reconquérir la souveraineté alimentaire, le risque est que les surfaces emblavées diminuent de façon drastique.

Face à cette situation, quelles sont les solutions que vous proposez ?

Le politique est responsable de la situation actuelle par manque de vision et d’ambition depuis trente ans. La solution est de baisser les charges. Notre autre préoccupation concerne les engrais en lien avec le blocage du détroit d’Ormuz même si nous n’avons pas attendu le conflit au Moyen-Orient pour tirer la sonnette d’alarme. Le Gouvernement nous promet un plan engrais depuis des mois. Des réunions sont organisées au ministère à Paris, mais pour le moment aucune annonce n’est faite alors qu’en Italie, un crédit d’impôt a été mis en place. Il y a urgence, c’est une vraie course contre la montre car si l’agriculteur français ne commande pas les engrais en temps et en heure, la chaîne logistique ne sera pas capable de suivre. La filière céréalière est la plus concernée, mais c’est bien l’ensemble du secteur agricole qui est impacté. Nous militons auprès de madame Genevard pour qu’elle aille chercher le fonds d’urgence européen. Il est grand temps qu'il soit activé.

Justement quelles ont été les annonces de la Ministre (faites en visio) lors du Congrès national?

La Ministre a annoncé qu’elle faisait enfin une demande officielle de 200 millions d’euros pour ce fonds d’urgence européen. D’autres annonces vont dans le bon sens autour notamment d’une aide pour les secteurs dits à faible potentiel, les zones intermédiaires (avec des mesures agro-environnementales spécifiques difficilement accessibles en termes de critères). Elle a débloqué 4 millions d’euros, dont 100 000 euros pour le Grand Est. Une somme obtenue alors que la moisson approche. Mais si cette enveloppe n'est pas consommée, elle sera réutilisable l’année prochaine. De notre côté, nous poursuivons nos actions autour de la négociation de la PAC avec un budget annoncé à la baisse de 13% ce qui est scandaleux. Mais actuellement, tous les partis politiques ont les yeux rivés sur les prochaines échéances présidentielles, le climat n’est pas propice face à tous nos enjeux, dont l’utilisation de phytosanitaires qui est devenue un sujet tabou.