Dossier

«Nous sommes dans une véritable rupture des pratiques»

L’Agence régionale du tourisme Grand Est vient de faire paraître son Enquête Marketing des Clientèles. Ce focus sur les typologies de clientèles et leurs nouvelles attentes s’affiche comme un outil de pilotage des stratégies touristiques à mettre en œuvre. Le point avec Henry Lemoine, le président de l’ART Grand Est.

(c) Laurence Deleau. «L’une des priorités est d’augmenter la durée des séjours », assure Henry Lemoine, le président de l’ART Grand Est.

(c) Laurence Deleau. «L’une des priorités est d’augmenter la durée des séjours », assure Henry Lemoine, le président de l’ART Grand Est.

L’Agence régionale du tourisme Grand Est (ART) vient de publier début juin une enquête sur la typologie et le comportement des clientèles touristiques. Quel est son objectif ? 

Henry Lemoine : C’était une attente de la part des professionnels du tourisme et des élus. Notre dernière enquête datait d’avant la crise sanitaire de la Covid-19, c’était une photographie du monde d’avant. L’Enquête Marketing des Clientèles (EMC) d’aujourd’hui est la première photographie du monde d’après. Nous avons interrogé plus de 18 000 visiteurs. Elle constitue l’un des dispositifs d’observation touristique les plus ambitieux jamais réalisés à l’échelle régionale. Elle nous permet de mieux comprendre qui sont nos visiteurs, ce qu’ils recherchent et comment évoluent leurs pratiques. C’est un outil de pilotage des stratégies touristiques. Cela va permettre de recaler les choses notamment au niveau du Schéma régional du tourisme qui est aujourd’hui à mi-parcours. 

Quel est le principal enseignement de cette enquête ? 

Le Grand Est a le vent en poupe car la région propose un tourisme durable, d’authenticité et abordable. L’offre y est multiproduit à la différence d’autres destinations. Les filières motrices demeurent la Culture et le Patrimoine (60%), la Nature (26%), le tourisme de mémoire (12%), l’œnotourisme (8%), le thermalisme et le bien-être (5%) et le savoir-faire (4%). Le marché du tourisme demeure complexe et il est soumis à des aléas externes. Notre robustesse liée à cette diversité de l’offre nous permet d’amortir les chocs. Cette variété permet de lisser le flux touristique. Nous sommes loin du tourisme de masse et la répartition entre les clientèles françaises et étrangères est plutôt bonne. Notre région poursuit son ouverture à l’international. Les clientèles étrangères représentent désormais 37% des visiteurs interrogés, contre 25% lors de notre précédente édition réalisée en 2018-2019.  

L’offre multiproduit permet d’amortir les chocs

Quel est le profil type du touriste ? 

62% sont des excursionnistes, c’est-à-dire des visiteurs à la journée. Les touristes purs, c’est-à-dire ceux qui sont hébergés, représentent 38%. L’une des priorités est de tout mettre en œuvre pour augmenter la durée des séjours. Cela ne peut se réaliser qu’en développant les activités et en accroissant les synergies entre les différentes destinations. La durée moyenne aujourd’hui d’un séjour est d’environ cinq jours. C’est le cas notamment pour la clientèle étrangère. Plus on habite loin, plus la durée du séjour est élevée. L’autre caractéristique de la région et qu’elle attire principalement des couples (39%) et des familles (27%). Les couples sont très ciblés sur les grandes villes où l’offre de tourisme culturel est forte. Les familles s’orientent plus vers le massif des Vosges pour un tourisme de nature et de loisirs. C’est d’ailleurs dans les Vosges que les hébergements sont plus le fait de locations et de campings que des hôtels par rapport à d’autres départements. 

Quelles sont les nouvelles attentes des touristes dans la région ? 

Quand ils viennent dans le Grand Est, ils recherchent principalement de l’authenticité, des expériences, du sens et de la proximité avec les territoires. Ce qui est en phase avec la stratégie développée par la Région. L’évolution des attentes constatée s’accompagne également d’un changement de comportement au niveau du choix de la destination avec une place de plus en plus importante des nouvelles technologies, et en première ligne de l’intelligence artificielle. 

Comment les professionnels du tourisme s’adaptent-ils ?

L’intelligence artificielle, c’est très hétérogène et il est parfois difficile de réellement se l’approprier. Elle est en constante évolution. La digitalisation de l’offre touristique est une nécessité. À l’époque de la Covid-19, nous avons lancé la plateforme Explore Grand Est pour aider les acteurs à digitaliser leur offre, aujourd’hui c’est un outil indispensable pour structurer la donnée. Dans ce domaine, les choses bougent rapidement. Ce sont des évolutions invisibles. Les touristes passent aujourd’hui par des travel planners (planificateurs de voyage personnalisé). Nous ne sommes plus sur des sites internet classiques, c’est une nouvelle dimension. Nous sommes dans une véritable rupture des pratiques. Il nous faut croiser plusieurs données, de marchés, de filières, de typologies de clientèles, pour être une destination choisie. Ce choix de la destination ne peut se faire que si elle est reconnue.


La SEM Foncière Tourisme en action 

Quatre projets au compteur ! Un hôtel, place Ducale à Charleville-Mézières en février prochain, un autre de 80 chambres sur les rives du Lac du Der en avril 2027, un village de cabanes forestières à Ervy-le-Châtel et une maison de vacances scolaires à Mittelwihr. Créée en 2023, la SEM Foncière Tourisme Grand Est, portée par la Région Grand Est, la Banque des territoires et la Caisse d’Épargne Grand Est Europe, poursuit sa contribution à la consolidation des filières structurantes touristiques.