En bref

Crise dans l'éducation: les blocages de retour sous surveillance policière

Malgré un important dispositif policier déployé devant certains établissements et des mesures restrictives prises localement pour empêcher les blocages, plusieurs universités et lycées étaient encore perturbés mardi, les organisations étudiantes et lycéennes restant déterminées...
Des poubelles et des pancartes devant le lycée Saint-Sernin à Toulouse, le 2 novembre 2026 © Matthieu RONDEL

Des poubelles et des pancartes devant le lycée Saint-Sernin à Toulouse, le 2 novembre 2026 © Matthieu RONDEL

Malgré un important dispositif policier déployé devant certains établissements et des mesures restrictives prises localement pour empêcher les blocages, plusieurs universités et lycées étaient encore perturbés mardi, les organisations étudiantes et lycéennes restant déterminées face à des annonces gouvernementales jugées insuffisantes.

Quarante-huit lycées, sur les quelque 3.700 que compte la France, étaient bloqués mardi à 9H30, contre 41 la veille, a indiqué le ministère de l'Éducation, précisant qu'aucune perturbation n'était relevée dans trois quarts des départements.

Selon Matignon, "ce sont régulièrement les mêmes lycées qui sont bloqués". Le Premier ministre a ainsi demandé au ministre de l'Éducation nationale "une analyse spécifique du contexte local de chacun de ces établissements."

Des chiffres une fois de plus contestés par l'Union syndicale lycéenne (USL), qui dit avoir recensé 500 établissements bloqués.

L'organisation lycéenne a également dénoncé une forte "répression" avec "des jeunes plaqués au mur, des compagnies de CRS envoyées" devant les établissements, a indiqué un de ses représentants à l'AFP. 

"Notre impression est que l'objectif est de réprimer le mouvement, de l'empêcher pour la mobilisation de jeudi", à laquelle les organisations de jeunesse veulent participer et qui s'annonce plus importante et devrait rassembler salariés du privé, fonctionnaires, retraités et étudiants.

Le collectif Interfac Île-de-France, qui a prévu de manifester mardi entre le Panthéon et le siège du Medef, s'est de son côté vu opposer un veto par la préfecture et proposer un parcours en périphérie, ce qu'il a contesté en justice. Les autorités attendent entre 10.000 et 15.000 manifestants dans la capitale ce mardi.

Contrôles policiers

Les forces de l'ordre étaient fortement mobilisées devant les établissements scolaires à travers la France. 

Le préfet du Bas-Rhin a notamment interdit pour toute la semaine les "rassemblements constituant une manifestation revendicative sur la voie publique" dans un rayon de 50 mètres autour de 11 lycées de l'Eurométropole de Strasbourg. 

Malgré des tentatives de blocages, aucun établissement n'était bloqué dans la ville, selon une source policière.

À Rennes, dès 7H30, le ton est monté entre une administratrice et une trentaine d'élèves qui ont essayé, comme la veille, de bloquer le lycée Bréquigny, le plus grand de Bretagne. 

"C'est la première fois que c'est aussi tendu", explique à l'AFP Paul, élève de 17 ans en terminale, qui remercie les profs qui les soutiennent. À 8H00, après un rapide passage de la police, l'entrée a finalement été bloquée par les élèves, de plus en plus nombreux, a constaté l'AFP.

"Ce serait difficile d'être contre eux", confie Raphaël Gironimi, professeur de mathématiques et membre du SNES-FSU, qui patiente devant le lycée Toulouse-Lautrec (à Toulouse) avec les élèves. "Ici, c'est 35 élèves par classe presque partout et un bâtiment adapté ni aux fortes chaleurs, ni au grand froid", explique-t-il.

À Paris, de "nombreux" professeurs de la cité Voltaire, dans le 11e arrondissement, se sont également montrés solidaires de leurs élèves en se mettant en grève pour dénoncer la présence "massive" de forces de l'ordre devant l'établissement, selon un communiqué.

Au lycée Balzac, la direction a fait entrer les élèves par une porte annexe et la police était sur place ce matin, a fait savoir une association de parents d'élèves. 

Fait plus rare, le lycée Louis-Le-Grand, en plein centre de la capitale était bloqué par des bennes disposées devant l'entrée, selon des médias.

Selon la préfecture du Rhône, 20 établissements scolaires étaient concernés par des attroupements. "Les forces de l'ordre interviennent en lien avec l’éducation nationale pour faciliter l'entrée dans les établissements", ont ajouté les autorités.

On nous prive de notre éducation

Toujours selon cette source, la mobilisation se concentrait toutefois davantage sur l'enseignement supérieur, avec les blocages des universités Lyon 1, Lyon 2 et Sciences Po Lyon.

À Lille, plusieurs campus, dont ceux de Moulins et de Pont-de-Bois, deux des principaux de l'université de Lille, sont fermés pour la journée à la suite de blocages, a annoncé l'université à l'AFP.

Sur le campus Moulins, André-Baptiste, étudiant de 19 ans, estime que le blocage est le fait d'"une minorité". "On est beaucoup plus nombreux à être là aujourd'hui juste pour aller en cours (...) on nous prive de notre éducation", souligne-t-il.

"Il faut continuer à montrer, notamment à Matignon, que les facs sont toujours mobilisées", affirme de son côté à l'AFP Suzanne Nijdam, présidente de la Fage, première organisation étudiante, qui avec les autres organisations étudiantes a lancé un appel national au blocage. 

Lundi, 15% des établissements de l'enseignement supérieur ont été perturbés, selon le ministre Philippe Baptiste.

La fac de Dauphine-PSL à Paris a notamment prévu de rester portes closes jusqu'à jeudi inclus, a annoncé mardi sur RTL son président, Bruno Bouchard.

Fermée depuis lundi, l'université Sorbonne-Nouvelle annonce elle aussi la fermeture du campus Nation toute la journée.

Après plus d'un mois de blocus, le gouvernement a annoncé une série de mesures la semaine dernière pour tenter d'éteindre la colère des jeunes, dont le remplacement progressif d'ici 2028 de Parcoursup.

L'intersyndicale regroupant l'USL, l'Unef, la Fage et l'Union étudiante réclame de son côté toujours l'abrogation de la plateforme d'orientation post-bac et 10 milliards d'euros d'investissement.