Une filière structurée mais fragilisée
Organisé par Arvalis en partenariat avec Intercéréales, l’AGPB (Association Générale des Producteurs de Blé), Malteurs de France et Brasseurs de France, le colloque Orges Brassicoles 2026 a réuni agriculteurs, techniciens et industriels autour d’un enjeu central : préserver la compétitivité d’une filière historiquement performante.
De l’amont à l’aval, la chaîne orge, malt et bière repose sur une organisation associant semenciers, producteurs, collecteurs, malteurs et brasseurs, une structuration qui permet d’importants investissements collectifs, notamment en sélection variétale et en logistique. La France et la région en particulier bénéficient par ailleurs d’atouts majeurs, comme un climat favorable à la culture de l’orge et des infrastructures de transport performantes, qu’elles soient routières, ferroviaires, fluviales ou maritimes.
Mais cette organisation, longtemps synonyme de force, se trouve aujourd’hui fragilisée par un environnement économique et réglementaire de plus en plus contraignant. Comme l’a rappelé Philippe Dubief, président de la filière orges brassicoles pour Arvalis et l’AGPB, « innover et collaborer pour rester compétitif » devient une nécessité absolue dans un contexte mondial ultra-concurrentiel. « Nous travaillons sur de nombreuses innovations et sur les moyens de les financer. Mais il faut être lucide : toutes ne suffiront pas à compenser les contraintes réglementaires, économiques et écologiques ».
Recherche et innovation, des leviers sous contrainteAu cœur des débats de la journée, la question du financement de la recherche et de l’accès aux nouvelles techniques de sélection a suscité de vives inquiétudes. Thierry Momont, président de la commission obtention de la section Céréales à pailles et protéagineux UFS, a souligné à ce titre l’urgence d’agir. « Deux dossiers concentrent aujourd’hui nos préoccupations : le financement de la recherche et l’accès aux nouvelles techniques de sélection. Sur ces dernières, les décisions restent à prendre. Pourtant, nous devons pouvoir y accéder : si l’Europe renonce à ces outils, nous serons clairement en difficulté face au reste du monde, qui les utilise déjà ».
Et de poursuivre : « Le financement de la recherche pose également problème. Toutes les espèces autogames, dont l’orge, sont concernées : avec la montée des semences de ferme, les ressources disponibles diminuent alors que les attentes augmentent, qu’il s’agisse de trouver des variétés plus résistantes pour réduire l’usage des phytos ou d’améliorer les qualités technologiques des grains. Le marché de l’orge de brasserie reste limité, quelques centaines de milliers d’hectares, et nécessite des investissements très spécifiques. Vu les exigences qualitatives du maltage et du brassage, seules quelques variétés parviennent réellement jusqu’au marché. Pourtant, la filière profite d’une sélection variétale exemplaire, qui a fortement progressé en quinze ans, tant sur les performances agronomiques que technologiques… préserver cette dynamique est essentiel ! »
La compétitivité tricolore menacée
Le constat est ainsi sans appel : « La filière française est sous pression » déplore Éric Thirouin, président de l’AGPB, du fait notamment de la hausse des coûts de production et de la stagnation des prix. « La France est le premier producteur européen d’orge brassicole, mais notre leadership vacille ! Nos réglementations sont plus lentes et restrictives que celles de nos voisins européens. Partout, la précaution freine l’innovation ! Pendant ce temps, nos concurrents avancent et profitent des nouvelles techniques génomiques… l’État doit agir maintenant pour permettre à la filière de rester compétitive et assurer sa pérennité ».
Enfin, plusieurs intervenants ont rappelé que la filière constitue un véritable levier de souveraineté agricole et économique. Dans un contexte géopolitique instable, la capacité à produire, stocker et exporter devient stratégique et préserver cette filière d’excellence implique donc des choix politiques forts…
Chiffres clés
- 1er producteur européen d’orges brassicoles
- 1,8 million d’hectares cultivés en France
- 40% de la production soit 4 millions de tonnes destinées à la brasserie
- 1er exportateur mondial de malt depuis 1967
- 1,4 million de tonnes de malt produites en 2024
- 80 % du malt exporté dans plus de 110 pays
- 2 500 brasseries en France générant 4,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour 8 500 emplois
- L’ensemble de la filière orge, malt et bière génère 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour 130 500 emplois