Dossier

Pierre Guez veut réancrer la Cité de la gastronomie dijonnaise dans le quotidien

Appelé à relancer le village gastronomique, l’ancien dirigeant de Dijon Céréales engage un virage stratégique pour transformer un site jugé trop élitiste en véritable lieu de vie, accessible aux Dijonnais comme aux visiteurs.

L'expérience de Pierre Guez doit permettre au village gastronomique de la Cité internationale de la gastronomie et du vin de Dijon de rebondir. © Paul Guez

L'expérience de Pierre Guez doit permettre au village gastronomique de la Cité internationale de la gastronomie et du vin de Dijon de rebondir. © Paul Guez

p>La relance du village gastronomique de la Cité internationale de la gastronomie et du vin de Dijon s’appuie désormais sur l’expérience de Pierre Guez en tant que consultant. Ancien patron de Dijon Céréales, du pôle de compétitivité Vitagora et figure bien connue du territoire, Pierre Guez, 78 ans, intervient à la demande du propriétaire du site, le Groupe Krief. L'objectif, avec cette nomination, est de redonner un souffle à une offre commerciale en quête de modèle économique viable depuis l’ouverture, le 6 mai 2022.

Une offre jugée trop élitiste

Le diagnostic semble clair : «La Cité était dans une offre élitiste, aujourd’hui on veut en faire une cité populaire». Le projet initial, inspiré d’une seconde halle marchande sur le modèle du centre-ville, n’a pas trouvé son public. En réponse, la direction en place a engagé la transformation du site, convertissant progressivement les boutiques en restaurants. La boucherie et la poissonnerie sont ainsi devenues des établissements de restauration, tandis que l’ancienne cuisine expérientielle» a été remplacée par un concept de bouillon, proposant «un plat pour 10 euros ou trois plats pour 20 euros». Une inflexion assumée vers une offre plus accessible, destinée à élargir la fréquentation.

Pour Pierre Guez, l’enjeu dépasse toutefois la seule adaptation commerciale. «Ce qu’il faut, c’est en faire un lieu de vie», insiste-t-il, pointant des dysfonctionnements concrets, comme l’absence d’offre adaptée en sortie de cinéma. «Quand les gens sortent, ils ne peuvent pas boire un coup», observe-t-il, appelant à mieux coordonner les horaires et les services pour créer de véritables synergies entre les acteurs du site.

Faciliter plutôt que gérer

L’ancien dirigeant revendique un rôle de facilitateur plutôt que de gestionnaire dans une mission qu’il assure bénévolement. «Je ne suis pas de la restauration […] ce qu’il faut, c’est rapprocher les gens», explique-t-il. Il préfère ainsi miser sur la coordination des commerçants et l’animation du lieu plutôt que sur un modèle de direction classique. Une approche qui s’appuie sur son ancrage local : «Je suis un Dijonnais, je connais bien le dossier, j’ai participé depuis le départ à cette aventure».

Au-delà du fonctionnement interne, la stratégie vise aussi à repositionner la Cité dans son environnement économique et touristique. Pierre Guez plaide pour un meilleur équilibre entre clientèle locale et visiteurs internationaux, encore trop peu présents. «Il devrait y avoir tous les jours des bus de touristes», estime-t-il, évoquant la nécessité de travailler avec les tour-opérateurs et de renforcer les liens avec la Cité des vins de Beaune, qui, elle aussi, peine à trouver son public. En parallèle, il souhaite réintroduire les producteurs locaux au cœur du projet, notamment en relançant une réflexion sur les filières maraîchères du territoire.

Reste à changer l’image d’un site encore décrié. «Cette Cité est si décriée, ça me fait mal […] il faut se la réapproprier», confie-t-il. Entre repositionnement tarifaire, animation renforcée — avec rooftop, événements et banquets — et mobilisation des acteurs locaux, la mission engagée apparaît comme celle d’un tournant décisif. «Casser l’image que la Cité est pour les autres, et pas pour nous» : au-delà de la relance commerciale, c’est bien l’appropriation par les habitants qui conditionnera la réussite du projet.

Pour Aletheia Press, Arnaud Morel