Mettre les mains à la terre et avoir une révélation. C’est un peu l’histoire de Marine Delrue, qui après avoir emménagé dans la Meuse, au sortir du Covid, a suivi une formation de céramiste, par curiosité et par passion. Mais de là à en faire son métier ? Il n’en était pas question… jusqu’au moment où elle a été en contact direct avec le grés, cette terre molle qu’elle façonne à souhait. Ce coup de foudre artisanal est à l’origine de sa nouvelle vie professionnelle qu’elle construit dans son atelier installé au cœur d’une grange à Trémont-sur-Saulx. C’est dans cet environnement familial que sa créativité rencontre les différentes techniques apprises et aujourd’hui maîtrisées qui donnent vie à des objets uniques. «Mon credo est tout simplement de donner de la noblesse à l’imperfection», explique l’artiste qui a décidé de façonner chaque objet en s’aidant exclusivement de ses dix doigts. Elle n’utilise d’ailleurs jamais de feuille ou de croquis en amont, mais laisse à ses mains le champ libre pour concevoir des objets qui ne seront jamais duplicables. Des créations aux couleurs douces (blanc, vert crème ou rose poudré), mais jamais fades, où le relief donne toute son aspérité à la pièce au bord particulièrement travaillé.
Du grés à la porcelaine
Loin des séries, son envie est de proposer à ses clients des pièces inspirées de la nature qu’elle côtoie au quotidien mais aussi de l’art déco et l’art nouveau, deux mouvements qui l’inspirent. Arts de la table avec des assiettes, tasses, bols, plateaux, et autres pichets, objets de décoration avec des vases mais aussi tout un univers pour enfants avec de la dînette, des assiettes animalières ou encore des mobiles, Marine va où ses envies la conduisent. Tout dernièrement, elle a créé ses propres boucles d’oreilles en porcelaine. Et face à l’enthousiasme de ses amies et au bouche-à-oreille, elle a franchi le pas en les commercialisant. Tous ces objets nécessitent près de quatre semaines de conception en passant par le façonnage, le temps de séchage, la première cuisson à 980 degrés, l’émaillage puis la seconde cuisson à 1 250 degrés pendant dix heures puis le temps de repos. A mille lieux de la surconsommation, la Meusienne d’adoption célèbre le beau, la qualité et la patience.
Transmission et partage
Pour faire connaître ses pièces, l’artisane mise sur son site internet, des revendeurs, et une présence sur des marchés. En moins de cinq ans, elle a su séduire aussi bien des professionnels que des particuliers. Au début de son aventure entrepreneuriale, c’est un de ses vases qui avait tapé dans l’œil d’un restaurateur installé au bord du Lac Léman qui lui en avait commandé une cinquantaine. Depuis l’année dernière, elle propose aux beaux jours des ateliers pour transmettre sa passion et surtout partager un sentiment si particulier, cette satisfaction personnelle ressentie lors du façonnage. C’est aussi une façon de quitter la quiétude et la solitude de son atelier pour aller à la rencontre des autres pour celle dont le sourire et l’échange sont communicatifs.
Chaque pièce nécessite quatre semaines de conception