Décryptage

Qui sont les hôtes d’Airbnb ?

Les propriétaires qui mettent leur bien en location de courte durée sont-ils vraiment des investisseurs sans scrupules ? Une étude montre que nombre d’entre eux sont des actifs, ou jeunes retraités, à la recherche d’un complément de revenu.


© Adobe stock

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Des lustres en fines lamelles de bois, des affiches représentant Le baiser de l’hôtel de ville du photographe Robert Doisneau, des vases multicolores dans lequel ne s’épanouira aucune fleur : dans ce quartier gentrifié de la capitale, la présence d’Airbnb se devine à certaines vitrines, aux boîtes à clef posées sur des arceaux à vélo et aux valises à roulettes trimbalées sur les trottoirs. Une pratique que la ville de Paris cherche à limiter le plus possible. Dans les grandes villes et les régions touristiques, la plateforme californienne est accusée d’assécher le marché locatif et de troubler la tranquillité des riverains. 

Cette mauvaise image ne serait-elle qu’un miroir déformant ? C’est l’affirmation de l’essayiste Jean-Laurent Cassely, qui a publié en avril dernier un portrait collectif intitulé «Un apéro avec 800 000 Français», effectué à partir de données fournies par la plateforme et d’entretiens individuels. L’étude, financée par Airbnb, met en évidence la diversité des hôtes. 

Bien au-delà des grandes villes et des régions touristiques auxquels on les croit souvent cantonnés, ceux-ci sont répartis sur tout le territoire français. Jean-Laurent Cassely en dénombre ainsi entre 15 000 et 30 000 dans les Hauts-de-France ou dans le Grand-Est.

Les deux-tiers des hôtes sont âgés de 30 à 60 ans, représentant ainsi un échantillon de la France active, auquel s’ajoutent des jeunes retraités, qui mettent un bien en location pour s’assurer un complément de revenu. En bord de mer, les hôtes sont en moyenne plus âgés, «conséquence à la fois des choix résidentiels des retraités » et de la présence de «nombreuses résidences secondaires», note l’auteur. Les femmes constituent 58% des hôtes, ce qui s’explique par deux facteurs. D’une part, «les familles monoparentales ont plus fréquemment besoin d’un complément de revenu», et par ailleurs, la bonne tenue d’un logement mobilise une charge mentale qui échoue, par tradition, aux femmes. Une hôte, Hélène, qui loue un gîte dans le sud-est de la France, témoigne : «C’est moi qui m’occupe de toute la communication extérieure, et, pour le ménage et les draps, disons que si j’attends que ce soit fait, ça ne le sera qu’au dernier moment». En revanche, poursuit-elle, un brin amère, «les revenus sont partagés à parts égales» dans le couple.

Pouvoir rester propriétaire

«Les hôtes incarnent la France des petits multi-propriétaires», souligne l’enquête. La location en Airbnb constitue ainsi une «variable d’ajustement pour rester propriétaire, voire, de plus en plus fréquemment, pour le devenir». Les plus âgés louent leur résidence secondaire pour financer les charges courantes. Tandis que pour les jeunes acquéreurs de résidences secondaires, «laisser un bien inoccupé relève de l’impensable». Les revenus annexes sont ainsi intégrés au plan de financement du bien.

Tous les hôtes ne possèdent pas des maisons de vacances lointaines. Il est commun de louer des biens acquis à quelques kilomètres de la résidence principale, des pièces adjacentes ou des chambres situées au fond du jardin. La proximité géographique facilite l’entretien et l’accueil. Ainsi, résume Jean-Laurent Cassely, «les frontières jadis étanches entre l’achat du logement principal, l’achat plaisir et l’investissement locatif s’estompent». 

L’auteur récuse en outre la «vision schématique» opposant «le bon hôte», recevant chaleureusement à domicile, du «mauvais investisseur», lointain et détaché, qui confie l’hospitalité à des sociétés de conciergerie.

L’enquête offre aussi un portrait des usages d’Airbnb. Loin de l’image datée des touristes internationaux friands de city-breaks ou de séjours balnéaires, les voyageurs choisissent la plateforme pour assister à des concerts, visiter un malade à l’hôpital ou participer à des salons professionnels. Les logements soigneusement décorés attirent des ouvriers élagueurs, des géomètres-experts ou des artistes préparant une exposition. Même dans les régions a priori sans attractivité touristique, de grandes maisons isolées reçoivent la visite de familles dispersées qui cherchent un lieu calme, situé à équidistance de chacun, pour se retrouver une fois l’an. Airbnb reflète ainsi les modes de vie contemporains et les mobilités qu’ils impliquent.