Dossier
Agriculture

Rebond des prix des terres

  Les biens immobiliers ruraux se sont mieux vendus en 2025 que les années précédentes, signalent les Safer. Mais la crise du secteur viticole, dans le sud-ouest, n’est pas terminée.

© Olivier RAZEMON.

© Olivier RAZEMON.

   Le marché des biens immobiliers ruraux se porte mieux que les années précédentes, observe la Fédération nationale des Safer (Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural, FnSafer) en dévoilant, le 21 mai dernier, les chiffres des marchés des terres pour 2025. La progression est nette, aussi bien en valeur (+14,6%) qu’en surface (+5,1%) ou en nombre de transactions (+5,8%). Plus remarquable, les volumes de transaction « progressent sur la totalité des marchés » agricoles, que sont les terres et prés, les vignes, les maisons à la campagne et les forêts, indiquent les Safer. Dans le cadre de leur mission de service public, ces 17 structures régionales sont informées chaque année par les notaires des ventes portant sur des biens ruraux.

Le marché des terres et prés, en particulier, « repart à la hausse après trois années de repli et retrouve un niveau proche » de celui qui était le sien avant la pandémie. La répartition géographique de cette progression demeure contrastée, les départements du centre et du sud se portant mieux que l’ouest et le Bassin parisien. Côté forêts, les surfaces échangées atteignent un record de 176 000 hectares, notamment dans un large bassin parisien.

Les maisons à la campagne, objet de nombreuses transactions juste après les confinements de 2020 et 2021, avaient enregistré un recul marqué les deux années suivantes. Mais en 2025, le marché connaît « une attractivité retrouvée », avec une valeur en hausse de 20%. Les Safer expliquent cette reprise par le regain que connaît le marché de l’immobilier, aidé par une baisse progressive des taux d’intérêt.

Après plusieurs années calamiteuses, même le secteur des vignes s’en tire plutôt bien, surtout en valeur (+16%) et en nombre de transactions (+4,5%). L’évolution est toutefois très variable selon les régions. Si le secteur Bourgogne-Beaujolais-Savoie-Jura affiche une hausse de 4%, la crise continue d’affecter le sud-ouest (-28%) et le vignoble bordelais (-24%). Dans ces régions, « la crise du vin rouge n’est pas terminée », constatent les Safer. La baisse de la consommation, des prix très élevés pensés pour l’exportation et le bouleversement climatique qui se manifeste chaque année, expliquent cette crise structurelle.

Les parcelles viticoles dédiées au Cognac perdent elles aussi 55% en valeur. Loïc Jegouzo, du service études des Safer, attribue cette correction au « recul des exportations en raison des droits de douane américains de l’été 2025 et à la taxe sur les eaux-de-vie chinoise, d’octobre 2024 ».

Artificialisation : bilan contrasté

L’artificialisation cède à nouveau 17%, en surface, et 5%, en valeur. « Ce repli s’inscrit dans un contexte de sobriété foncière, mais aussi de conditions économiques contraintes », indiquent les Safer. Ceci ne signifie pas que l’artificialisation recule, mais qu’elle progresse un peu moins vite. En outre, si les projets d’infrastructures reculent nettement en surface (-42%), les achats des particuliers en vue d’une construction progressent encore.

Les spécialistes des marchés ruraux identifient par ailleurs une « consommation masquée » de terres agricoles, en réalité artificialisées. Il s’agit de « biens acquis dans une perspective de détournement d’usage », avec une stratégie de spéculation ou d’anticipation de l’urbanisation. La superficie totale de cette consommation masquée « dépasse celle de l’artificialisation » (8 400 hectares) en atteignant 28 400 hectares, soit davantage que la superficie du département du Val-de-Marne, chaque année.

Cet étalement urbain caché pourrait s’accélérer en raison des transmissions mal anticipées. Compte tenu de l’arrivée à l’âge de la retraite de nombreux agriculteurs, « la moitié des exploitations vont changer de mains dans les prochaines années », affirme Thierry Bussy, président de la Fédération et éleveur à Maffrécourt (Marne), commune d’une soixantaine habitants dont il est maire. « Qui va reprendre ces terres ? », s’interroge-t-il.

Isabelle Robert-Bobée, du service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture a piloté une étude qui identifie cinq groupes de repreneurs. « Les héritiers bien préparés », disposant d’une formation et d’une expérience agricole extérieure à la ferme familiale, ne constituent qu’un tiers des repreneurs, tandis que la part des « héritiers sans vocation », dont l’expérience professionnelle s’est construite en-dehors du monde agricole, est estimée à 22%. Les repreneurs sont également constitués de « classes populaires avec ancrage rural » (16%), de « reconvertis des classes moyennes » (20%) et de « reconvertis des classes supérieures urbaines » (8%). Outre l’impréparation d’une part non négligeable des futurs agriculteurs, l’étude souligne la grande diversité des profils et des ambitions, en bio ou conventionnel, en entreprise individuelle ou avec des associés. « Face à ces enjeux, il faut une stratégie, un pilote », affirme Thierry Bussy, tandis que le Parlement débat d’une loi d’urgence agricole.