Une année record et exceptionnelle. 2022 restera dans les annales illustrant l’aventure familiale lancée en 2009 par Éric et son fils, Jean-Baptiste, sur une friche industrielle à l’arrêt depuis trois ans. Une complémentarité de compétences, de visions et un amour du territoire que les deux dirigeants partagent avec la volonté commune à l’époque de transformer ce site laissé à l’abandon en une scierie exemplaire en termes de mécanisation. Pour y parvenir, chaque année depuis le démarrage de l’activité, c’est un million d’euros qui a été injecté dans cet outil de production qui s’est progressivement métamorphosé. Lignes de sciage et de préparation de commandes, aménagement du pré-séchage, renouvellement des cellules du séchoir, structuration du parc à grumes avec zone d’arrosage, centre de sciage semi-automatisé, conversion de la chaufferie de gaz en bois et internalisation du transport : rien n’a été laissé au hasard. Des investissements qui ont ainsi permis à la scierie d’atteindre une capacité technique de près de 23 000 m3 de grumes pour un effectif de 19 personnes. Lauréate pour la filière bois-construction France 2030, l’entreprise a conduit un projet ambitieux pour augmenter sa productivité et renforcer la qualité de ses produits en doublant ses capacités de séchage (12 000 m3 de sciage par an) pour la production d’avivés secs destinés au grand export.
Une mise à l’arrêt du marché
«Tous nos plans d’investissement ont été accompagnés localement par le GIP Objectif Meuse, la la Région Grand Est et le Feder», tient à préciser la direction qui regrette le manque de vision des élus nationaux et européens. «L’export massif de grumes, notamment de chênes, vers l’Asie fragilise les scieries françaises. Le retour des produits finis, comme le parquet, revient à coûts cassés et concurrence l’industrie française. Les politiques nationale et européenne pénalisent la transformation locale», analysent d’une même voix les deux dirigeants. Si, en 2022, l’entreprise a atteint des sommets portés en grande partie par des marchés internationaux, elle a été confrontée à un effondrement brutal de l’immobilier neuf, avec le parquet fortement impacté dès septembre 2022, suivie d’une bascule de certains clients vers le chêne américain, qui ont pénalisé l’export dans une tendance à la récession des marchés internationaux. «Il a fallu réagir et changer notre façon de travailler alors que nous ne savions pas combien de temps le retournement du marché allait durer. Finalement ça fait trois ans que nous sommes dans le dur». Malgré la situation, aucun licenciement n’est à déplorer dans la scierie meusienne qui a fait un autre choix : faire le dos rond, partir à la conquête de nouveaux clients et miser sur une diversification des produits, en attendant des jours meilleurs.
Rebondir puis se mettre en ordre de marche
Face à la baisse des volumes, la société a d’abord réduit ses charges fixes et arrêté l’une de ses lignes de sciage. Les stocks étant particulièrement élevés, la politique d’approvisionnement a également été revue et régulée. Avec une clientèle principalement industrielle (revêtement de sols, cercueils, meubles plus marginaux) et une part de grand export particulièrement élevée à 60% du chiffre d’affaires, tombée à 15% en 2024, la scierie a recentré son activité en Europe et adapté sa gamme avec un passage des grandes largeurs-longueurs sur des pièces plus petites rendues possibles par le trieur post-séchage qui accroît la flexibilité du tri et ainsi de la production. La prospection commerciale constitue une force pour l’entreprise familiale qui bénéficie des vingt ans d’ancienneté du duo père-fils, mais aussi des 50 ans d’expertise et de réseau d’Éric Salsmann qui s’évertue à relancer les volumes en Europe et préparer la reconquête vers le grand export. Malgré la sous-utilisation actuelle liée au marché, l’outil est prêt à monter en charge en cas de reprise. Quelques signaux timides commencent d’ailleurs à se manifester. Si la baisse est forcément cyclique, le manque de visibilité appelle aujourd’hui à la prudence, mais n’est toutefois pas synonyme d’absence de projets. Certains sont déjà dans les tiroirs autour d’investissements photovoltaïques qui devraient aboutir dès 2027.
L’outil est prêt à monter en charge en cas de reprise
Soutenir l’économie locale
Amoureux de leur territoire, Éric et Jean-Baptiste Salsmann ont investi dans deux entreprises locales en rachetant en 2020 la menuiserie Laurent, à Sorcy-Saint-Martin, alors en difficulté puis l’entreprise d’exploitation forestière Henri Gérard, à la suite du départ en retraite du dirigeant, il y a deux ans. Deux acquisitions qui pourraient à l’avenir renforcer la chaîne de valeur en engageant par exemple une réflexion autour de l’approvisionnement sur pied.